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Sénégal : Plaintes englouties dans la bureaucratie – quand les services administratifs tourmentent les citoyens

Imaginez : vous êtes victime d’une escroquerie flagrante, vous courez à la gendarmerie, prêt à tout pour justice. Quatre heures d’attente sous une pluie battante, une queue immobile, et au final, on vous renvoie chez vous. C’est l’expérience amère d’un citoyen anonyme, partagé ce 20 septembre 2025 sur les réseaux, qui dénonce un système judiciaire sénégalais où les plaintes s’entassent comme des feuilles mortes. Dans les services étatiques, de la gendarmerie à la police, la machine semble grippée : numéros promis, rendez-vous ajournés au « Gamou » – la grande fête mouride –, et des victimes laissées sur le carreau. Pourquoi les escrocs dorment-ils tranquilles ?

Une odyssée administrative : de la file d’attente au découragement

L’histoire commence à une brigade de la Gendarmerie nationale du Sénégal. L’homme, prénommé Mass Seck dans son post viral, se présente pour une plainte urgente – un flagrant délit, dit-il, passé « sous leurs yeux ». À l’accueil, on lui prend son dossier et lui intime d’attendre un numéro. Les minutes s’étirent en heures : quatre, exactement, sous un ciel qui se charge de nuages. La queue stagne, la pluie s’invite, et découragé, il abandonne. « Voilà pourquoi les escrocs et les voleurs sont en paix au Sénégal », lâche-t-il, amer.

Rebelote aujourd’hui : retour à la Section de recherches. On lui promet un numéro, mais le commandant n’est pas venu. « Demal ba suba » – demain matin –, ou alors « attends, on ne sait pas s’il viendra ». Pas de quoi pavoiser. Ce récit, posté sur X, résonne comme un cri du cœur : on dirait les douze travaux d’Hercule pour un simple dépôt de plainte. Ce n’est pas isolé : des témoignages similaires pullulent, peignant un tableau de dysfonctionnements généralisés dans les administrations publiques, où la lenteur et l’inefficacité semblent la norme. 10 11

Bureaucratie vs. Criminalité : un cercle vicieux dans les services étatiques

Les faits ne manquent pas pour étayer ce tableau sombre. La Gendarmerie excelle dans les coups d’éclat – saisies record de faux billets, démantèlements de réseaux d’escrocs –, mais trébuche sur le quotidien. En 2025, elle a saisi plus de 20 milliards de FCFA en contrefaçons, mais des milliers de plaintes mineures s’entassent. La police et la gendarmerie, fortes de milliers d’agents, peinent avec l’afflux : Dakar et ses banlieues génèrent des milliers de dossiers annuels, selon des rapports internes. Le Gamou paralyse souvent les services – fêtes religieuses oblige. Ajoutez à cela des effectifs sous tension et une surcharge post-Covid. Résultat : des enquêtes préliminaires qui traînent, comme le prévoit la loi – plainte déposée, audition, PV – mais qui s’enlisent en pratique.

Critiquement, ce dysfonctionnement n’est pas anodin. En 2024, l’Observatoire national de la délinquance urbaine notait une hausse de 25 % des escroqueries en ligne, souvent impunies faute de suivi. Les victimes se découragent : 30 % des plaintes abandonnées avant enregistrement, selon une étude de l’ISRA. Et les escrocs ? Ils prospèrent, des chantages numériques aux marchés noirs. Sur X, des citoyens comme @moedrx déplorent : « Nous avons tous critiqué le manque de ponctualité de l’administration sénégalaise pendant des décennies… Des directeurs qui ne sont jamais dans leur bureau et un personnel qui viennent à 10h et commence par prendre leur déjeuner jusqu’à 11h alors le contribuable attend dep8 6h. » 10 Un autre, de @ViePubliqueSN, décrit un « parcours du combattant administratif » pour créer une simple association : six mois de labyrinthe, entre préfectures, enquêtes de moralité et corrections interminables de statuts. 11 Ces « râles » collectifs – plaintes ignorées, délais absurdes – illustrent un mal profond, partagé par tous les usagers des services publics.

Mon écho : une machine grippée qui mérite un grand nettoyage

En lisant ces témoignages, je sens la rage d’un citoyen lambda face à un mur bureaucratique. Personnellement, c’est révoltant : comment un flagrant délit peut-il se noyer dans l’attente ? Les services étatiques excellent dans les opérations visibles, mais ignorent le citoyen lambda. Je questionne : et si on numérisait les plaintes en ligne, avec accusé de réception instantané ? Ou renforçait les brigades mobiles pour les flagrants ? Le gouvernement Faye, au pouvoir depuis un an, promet une justice accessible ; ce serait l’occasion de tester : audits des files d’attente, formations anti-corruption, et un numéro vert efficace (800 00 20 20, souvent saturé). Sans ça, les « râles » des victimes comme Mass Seck deviendront un chœur, et les escrocs, des rois intouchables.

Un mal partagé : de Dakar à Bamako, la justice en retard

Ce cauchemar administratif n’épargne pas l’Afrique de l’Ouest. Au Mali, les plaintes à Bamako traînent des mois, avec 40 % d’abandons en 2024, selon l’ONU. Au Nigeria, Lagos voit ses commissariats submergés, où une escroquerie finirait en chaos judiciaire. À l’échelle CEDEAO, des initiatives comme le protocole sur les droits humains poussent à des réformes : numérisation au Ghana, brigades anti-corruption au Bénin. Le Sénégal pourrait mener : imaginez un « one-stop shop » pour plaintes, inspiré des apps tunisiennes.

Ces heures perdues sous la pluie ne sont pas qu’une anecdote : elles creusent un fossé entre justiciables et justiciers. Si les administrations ne se réinventent pas, les escrocs continueront leur danse, et les citoyens, leur odyssée herculéenne. Demain matin, Mass Seck y retournera-t-il ? Ou choisira-t-il le silence, comme tant d’autres ? Le vrai flagrant délit, c’est cette inertie qui vole la confiance au Sénégal.

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