ACTUALITE CHRONIQUE MEDIAS

Chronique: Sénégal, quand le journalisme sombre dans la fange violant toutes les règles d’une profession

Un cri d’écœurement déchire les réseaux sociaux ce vendredi matin, un vomitif jeté sur le clavier face à un métier qui, jadis rêve d’idéal, dégouline aujourd’hui de pourriture.

Sous des mots bruts, un anonyme dénonce une presse sénégalaise qui, loin d’éclairer, s’enfonce dans la médiocrité, la haine et la servilité, au point de rappeler les sombres heures de la Radio des Mille Collines rwandaise. Entre insultes volées à la rue, chasse aux sorcières et ambitions politiques, le journalisme, ce contre-pouvoir censé veiller, risque de devenir l’outil docile des manipulateurs. Un constat qui secoue, dans un pays où les ondes et les écrans s’embrasent plus vite que les cœurs.

Le tableau dressé est un miroir crasseux. Là où l’école de journalisme promettait rigueur et savoir, on célèbre désormais l’outrance : plus de limites, plus de formation, juste une course aux clics et aux applaudissements pour des insanités crachées sans filtre. Le cas qui allume la mèche ? Une journaliste traquée depuis deux jours – peut-être hier, peut-être avant – pour avoir traité une communauté de « badola », un terme wolof signifiant « sans valeur », visant un ancien chef d’État. Un mot qui, dans la bouche d’une plume censée informer, choque comme un coup de poignard. Ce n’est pas isolé : L’épisode Penda Ba, où des accusations infondées ont visé une figure publique, ou l’interpellation d’un présumé marabout Chérif Aïdara, montrent une dérive où les micros servent moins à questionner qu’à lyncher. Et ce qui sidère ? L’auteur de cette insulte est une consœur, transformant un métier d’éthique en arène de pugilats verbaux. Radios, télés, TikTok, Facebook, sites internet : tous deviennent des « Mille Collines » locales, distillant haine et intolérance jour et nuit, un parallèle glaçant avec le Rwanda de 1993-1994, où les ondes ont attisé un génocide.

À y plonger, cette descente aux enfers trahit une crise profonde. Journalistes du pouvoir et de l’opposition, jadis garants d’un débat équilibré, s’égarent dans une guerre de tranchées où les mots de rue – « badola », provocations crues – remplacent l’analyse. Leur mission ? Informer ? Non, frapper, choquer, plaire à leur camp à tout prix. Dans ce cirque, le contre-pouvoir s’effrite : la presse, censée être le chien de garde de la démocratie, devient un pion docile, manipulé par des agendas politiques ou financiers. Les titres des médias locaux, comme L’As ou Le Soleil, titrent ces jours-ci sur les scandales  l’évasion de Madiambal Diagne, les tensions autour des taxes sur la diaspora mais les éditos virent souvent au parti pris, amplifiant les fractures plutôt que les panser. Pourtant, une lueur persiste : ces rares plumes sans parti pris, saluées comme des porte-drapeaux, rappellent qu’un journalisme d’honneur survit, même sous-payé, même ignoré.

De mon coin d’observateur, ce cri rageur touche juste : le Sénégal, fier de sa presse libre, risque de la voir se muer en écho de ses pires démons. Pourquoi cette chute ? Une formation en berne, un marché saturé où la survie prime sur l’éthique, et un climat politique tendu audits anti-corruption, opposition milliardaire qui transforme les journalistes en soldats de clans. Et si la solution passait par une refonte des écoles, avec des cursus axés sur la déontologie, ou un code d’éthique renforcé, appliqué par un CNRA indépendant ? Sans ça, les « badola » d’aujourd’hui pourraient devenir les cris de haine de demain, un Rwanda en miniature dans un pays qui ne le mérite pas.

Ce naufrage sénégalais n’est pas unique. Au Mali, post-coup d’État, les médias ont basculé dans la propagande pro-junte, reléguant la critique au silence. Au Kenya, les talk-shows télévisés dégénèrent en joutes ethniques, poussant les régulateurs à durcir les sanctions. À l’échelle globale, des cas comme Fox News aux États-Unis montrent comment la polarisation peut transformer l’info en arme partisane. En Afrique de l’Ouest, où les transitions fragiles s’appuient sur une presse vivante, ce glissement vers les Mille Collines locales est un signal d’alarme : sans un sursaut éthique, les ondes risquent de porter moins la lumière que les cendres.

Sous les étoiles pâles de ce 3 octobre, alors que les réseaux s’enflamment, ce cri de dégoût est un appel à réveil. Le journalisme sénégalais, au bord du gouffre, peut encore choisir : redevenir un phare ou s’éteindre dans la fange. À ses rares héros sans étiquette, la nation doit un salut – avant que les médiocres ne dansent seuls sur les ruines d’un métier trahi.

Auteur/autrice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *