Et si un hit parade pouvait virer au thriller financier ? Waly Seck, le prince des Faramareen dont les mélodies font vibrer les stades, se retrouve ce mois de septembre 2025 escorté par la DIC à son arrivée à Dakar, menottes en option. Inculpé pour association de malfaiteurs et blanchiment, il dépose 210 millions FCFA pour retrouver l’air libre. Mais ce sésame, financé par un bienfaiteur anonyme des sables émiratis, n’efface-t-il pas les ombres d’un réseau qui lie showbiz et soupçons de corruption ?
Revenons aux faits, sans fioritures. Tout part d’un rapport CENTIF de mars 2025, qui traque 5,597 milliards FCFA de flux suspects via Woodrose Investment Ltd, une société liée à Amadou Sall, fils de l’ex-président Macky Sall. Parmi les bénéficiaires épinglés : Ibrahima Bâ (fils d’Amadou Bâ), son chauffeur Cheikh Tidiane Seck, l’opérateur Saliou Sylla, déjà écroués fin septembre pour les mêmes chefs d’accusation. Waly ? Cité pour une transaction de 210 millions un chèque pour un véhicule de luxe vendu à la société de Sall, un Range Rover ou une Mercedes selon les rumeurs. Le 15 septembre, il balance une vidéo depuis l’étranger, suspend sa carrière, dénonce des « tracasseries » et clame son innocence : « Je suis clean comme un mbalax sans reverb’. » Rentré le 21, auditionné le 24 au Pool judiciaire financier, il est inculpé mais libéré sous caution le jour même, consigné via un mystérieux mécène de Dubaï, figure des paris en ligne. Son avocat, Abdoulaye Tall – député Pastef et président de la commission des lois –, jure un non-lieu imminent et promet la restitution des fonds. Contexte brûlant : ces lois anti-corruption d’août 2025, sur les patrimoines et l’accès à l’info, obligent justement les stars publiques à déclarer leurs biens, sous peine d’amendes jusqu’à 500 millions. Pourtant, les enquêteurs du PJF, armés de ces outils frais, peinent à boucler le dossier sans Amadou Sall, toujours en cavale.
Pour moi, cette affaire pue le deux poids deux mesures : Waly, icône populaire, paie rubis sur l’ongle et file, tandis que les seconds couteaux pourrissent en cellule. C’est un coup de maître juridique – bravo à Tall pour le timing –, mais ça interroge : où est la transparence promise par Faye ? Si un chanteur peut « acheter » sa liberté avec un virement off-shore, que reste-t-il aux quidams sans réseau ? Je penche pour un acharnement sélectif, vestige des caisses noires de l’ère Sall, mais sans aveux clairs, Waly risque de traîner ce boulet comme un sample raté. Position tranchée : la justice doit fouiller plus loin, via l’OFNAC naissante, pour que ces 210 millions ne soient pas qu’un refrain éphémère.
Waly Seck n’est pas qu’un chanteur en sursis : c’est le miroir d’un Sénégal qui danse entre gloire et gris, où un caution de 210 millions achète du temps, mais pas l’oubli – et où la vraie mélodie, celle de la reddition de comptes, n’a pas encore été mixée.

