Depuis le 4 décembre 2017, avec le transfert du trafic commercial vers Aéroport international Blaise Diagne, l’ancien Aéroport Léopold Sédar Senghor est devenu une plateforme militaire. Une décision structurante à l’époque. Mais près de dix ans après, ses effets sur le domestique interrogent.
La contribution salutaire ou cri de coeur de Xavier Diatta, relance le débat sur la pertinence des vols domestiques à partir de l’Aéroport Dakar Yoff « Beaucoup d’usagers ont déjà oublié qu’il y avait une liaison aérienne. Dakar Dem Dikk et autres ont déjà ravi la vedette. » Quand le bus longue distance supplante l’avion dans l’imaginaire du voyageur, ce n’est pas que le bus soit devenu meilleur. C’est que l’avion est devenu inaccessible , en temps, en prix et en fiabilité. »
Aller à Ziguinchor depuis Dakar en avion devrait être simple. C’est devenu un trajet indirect, où le passager commence par 45 minutes à 1h de route vers Diass. Pour des liaisons courtes, ce détour réduit fortement l’avantage de l’aérien.
Selon les dernières données à notre possession, Dakar-Yoff reste pourtant opérationnel : piste principale de 3 490 m x 45 m, services aéronautiques disponibles, trafic possible sous autorisation. Techniquement, une exploitation domestique ciblée, notamment en ATR, est envisageable.
Le paradoxe est là : une infrastructure centrale existe, mais n’est pas mobilisée pour les besoins les plus évidents, déplacements administratifs, économiques, universitaires et tourisme intérieur.
Bien sûr, des contraintes existent : environnement urbain dense, survol encadré, statut militaire. Mais elles définissent un cadre, pas une impossibilité. Partout ailleurs, des modèles civilo-militaires fonctionnent avec rigueur.
La vraie question est stratégique : faut-il rester dans un modèle totalement centralisé à Diass, ou évoluer vers une complémentarité plus agile ?
Dans ce schéma, Air Sénégal pourrait jouer un rôle pragmatique, même avec des moyens limités : quelques lignes domestiques stratégiques, des fréquences maîtrisées, une exploitation sobre depuis Yoff, en complément de Diass.
Car à force de complexifier l’accès à l’avion, on affaiblit la demande. Et quand le passager s’éloigne durablement de l’aérien, c’est tout l’écosystème qui perd.
Le Sénégal dispose déjà de deux plateformes. L’enjeu n’est pas d’en choisir une contre l’autre, mais de les utiliser intelligemment.

