Pendant que les barques continuent de chavirer en Méditerranée, deux accords signés à quelques semaines d’intervalle viennent rappeler que des alternatives existent, structurées, dignes, efficaces.
D’un côté, Tunis. Le 13 avril 2026, l’ANETI, l’ATFP et la société italienne UMANA signaient une convention de mobilité professionnelle organisée : contrats légaux, parité salariale, formation préalable, adéquation aux besoins réels du marché italien. De l’autre, Dakar. Le Sénégal dispose depuis plusieurs années de quotas de travail saisonnier négociés avec l’Espagne dans les secteurs de la pêche, de l’agriculture, des BTP, ect… avec retour garanti et traçabilité des flux. Deux pays, deux modèles, une seule logique : la migration concertée comme réponse souveraine à l’irrégulier.
Ce constat posé, il faut nommer le vrai enjeu qui n’est pas humanitaire, il est géopolitique. L’Europe vieillit. D’ici 2035, l’Allemagne perdra 5 millions d’actifs. L’Italie, l’Espagne et le Portugal font face à des déserts démographiques dans leurs secteurs primaires. Un paradoxe de voir ces mêmes pays qui érigent des murs financent simultanément des accords de mobilité ciblée. Car la question n’est plus de demander s’il faut des migrants car l’évidence est dans le besoin, la réponse est oui, structurellement. La question est : qui contrôle les flux, dans quelles conditions, et au profit de qui ?
C’est précisément là que le bât blesse. Toute mobilité organisée n’est pas vertueuse par nature. Ces corridors légaux risquent de n’exfiltrer que les profils qualifiés, infirmiers, techniciens, ingénieurs, dont le Sénégal et la Tunisie ont eux-mêmes désespérément besoin. La migration professionnelle encadrée ne peut se substituer à une politique de création d’emplois au Sud. Elle doit la compléter. Un accord bilatéral sérieux intègre des clauses de transfert de compétences, de double appartenance productive, d’investissement diasporique. Partir pour revenir. Partir pour construire aussi ici.
Et pourtant, les résultats sont là. Les quotas saisonniers Sénégal-Espagne ont démontré qu’avec un cadre clair — sélection rigoureuse, contrat, retour, réinsertion, la migration irrégulière recule sur les zones concernées. Pas parce qu’on ferme des portes. Parce qu’on en ouvre des légitimes. C’est le sens de l’accord ANETI-UMANA. C’est le sens du Plan Mattei. C’est le sens encore imparfaitement appliqué du Pacte européen sur la migration.

