Quand un retour à la liberté rime d’abord avec un refuge maternel
Picturez un pilier de l’ancien pouvoir sénégalais, beau-frère d’un ex-président, libéré des barreaux de Rebeuss après des mois de silence imposé. Au lieu de la foule des journalistes ou des alliés politiques, Mansour Faye file droit chez sa mère, un geste brut qui tranche avec le tumulte des palais et des tribunaux. Dans un pays où la justice nouvelle traque les ombres du passé, ce choix intime interroge : vulnérabilité sincère ou calcul discret pour panser les plaies d’une chute annoncée ?
Les contours de cette libération, effective ce 25 septembre 2025, émergent au compte-gouttes. Extradition matinale de la prison centrale de Dakar pour une audience au tribunal de grande instance, Faye – ancien ministre des Infrastructures et maire de Saint-Louis – affronte un juge dans un dossier qui sent la poudre : soupçons de détournement et de mauvaise gestion sur des marchés publics juteux, héritage d’un mandat Sall entaché de surfacturations massives. Incarcéré depuis mai, il avait déjà vu sa mère, émue aux larmes dans une rare sortie médiatique, supplier pour son fils « serein mais éprouvé » dans une cellule surpeuplée. Aujourd’hui, libéré sous contrôle judiciaire, il opte pour l’étreinte familiale plutôt que les projecteurs, un retour aux sources qui humanise un parcours jalonné de postes clés et de controverses. Critiquement, cette affaire expose les rouages d’une transition judiciaire : les poursuites contre les figures de l’ère précédente, saluées comme une purge nécessaire, flirtent-elles avec la vengeance ? Les 2,7 milliards de FCFA présumés dilapidés dans des achats de riz pandémiques ne justifient-ils pas une fermeté, ou servent-ils de prétexte à un rééquilibrage politique sous le régime Diomaye Faye ?
À mes yeux, ce détour chez maman Faye n’est pas anodin – c’est un aveu d’hommes d’État qui, sous les assauts de la loi, redeviennent fils avant tout. Pourquoi pas une déclaration tonitruante pour rallier les troupes ? Parce que l’humiliation carcérale, même temporaire, brise les armures : Faye, habitué aux couloirs feutrés du pouvoir, goûte ici à la fragilité humaine, rappelant que nul n’échappe au poids des liens du sang. Je m’interroge sur la suite : cette pause affective le renforcera-t-elle pour un comeback, ou le rangera-t-elle dans les rangs des exilés intérieurs, comme tant d’autres ?
Ce scénario local fait écho à des drames universels, où les chutes des puissants se muent en quêtes de rédemption familiale. Rappelez-vous Nawaz Sharif au Pakistan, filant chez sa mère après ses libérations conditionnelles, ou les généraux birmans cherchant refuge dans le giron maternel au cœur des purges. Partout, ces gestes transcendent les frontières : dans un monde de leaders isolés par l’ambition, le retour à la matrice symbolise une résistance muette contre l’oubli, un fil rouge contre la déshumanisation des procès spectacle.
Au bout du compte, le chemin de Mansour Faye vers ce seuil familial trace une ligne invisible : entre la clémence des juges et la mémoire collective, un Sénégal en mutation choisit-il de guérir ses plaies ou de les rouvrir, au risque de laisser des cicatrices qui saignent encore des années durant ?
- septembre 25, 2025

