JUSTICE POLITIQUE

Farba Ngom : Une santé fragile en prison, un débat sur les droits humains

Sous Pression, la Justice Face à Ses Limites

Dans la nuit de mercredi à jeudi, Farba Ngom, maire des Agnam et ex-député sénégalais, a été évacué en urgence du Pavillon spécial vers l’hôpital Principal de Dakar après un malaise. Confirmée par son avocat, Me Baboucar Cissé, cette nouvelle alerte médicale relance le débat : un homme au bord de l’effondrement peut-il rester incarcéré sans que cela frise l’inhumanité ?

Une détérioration sous les yeux de tous

À 02:17 du matin ce samedi 20 septembre 2025, l’état de Farba Ngom préoccupe plus que jamais. Incarcéré depuis février pour escroquerie et blanchiment d’argent, l’ancien proche de Macky Sall a vu sa santé se dégrader sous les projecteurs. Trois professeurs de médecine, mandatés par la justice, ont conclu que sa détention est incompatible avec ses pathologies cardiaques et respiratoires, pointant un risque de « mort subite nocturne potentielle ». Pourtant, après des soins d’urgence, il a été renvoyé au Pavillon spécial, une unité déjà critiquée.

Le problème ? Ce pavillon, rattaché à l’hôpital Le Dantec, est en travaux, réduisant les capacités d’accueil. Résultat : des transferts incessants vers d’autres structures faute de place, une instabilité qui aggrave les conditions de soin. Me Cissé alerte : les garanties minimales pour un détenu malade s’effritent, transformant une solution palliative en un jeu de roulette médicale.

Un système qui tient bon, malgré les signaux rouges

Les faits sont accablants. Les expertises médicales, répétées et concordantes, devraient suffire à justifier une libération provisoire pour soins. Mais la justice sénégalaise persiste, arguant d’un risque de fuite ou de perturbation de l’enquête sur les 31 milliards de FCFA présumés détournés. Cette rigidité, face à un homme de 70 ans en détresse, soulève des soupçons d’acharnement, d’autant que des soutiens comme Alioune Tine dénoncent un traitement inhumain.

Critiquement, le Pavillon spécial, conçu pour les détenus fragiles, montre ses limites. Les travaux à Le Dantec, combinés à une saturation, exposent Ngom à des interruptions de soins – une négligence qui pourrait violer la Convention contre la torture, ratifiée par le Sénégal. La mort en détention de figures comme Hissène Habré en 2021 hante les esprits : et si l’histoire se répétait ?

Une urgence éthique : libérer ou risquer le pire ?

Face à ces images d’un homme ballotté entre hôpitaux et cellules, je m’interroge : la justice prime-t-elle sur la vie ? Maintenir Ngom en détention, malgré les rapports médicaux et les dysfonctionnements du Pavillon, frôle l’irresponsabilité. Une libération conditionnelle, avec bracelet électronique ou contrôle strict, semble une alternative sensée. Sinon, chaque nouvelle alerte risque de transformer ce dossier en scandale international. La pression populaire et les ONG doivent pousser les juges à agir, avant qu’il ne soit trop tard.

Echos internationaux : une pratique sous surveillance globale

Ce cas n’est pas isolé. Au Mali, la mort de Soumeylou Boubèye Maïga en 2022 après une détention prolongée avait alerté l’ONU. En Europe, des détenus malades comme l’ex-Premier ministre ukrainien Ioulia Tymochenko ont obtenu des soins externes sous pression publique. Au Sénégal, avec un gouvernement Faye vantant la transparence, ce dossier teste la cohérence des réformes promises. Sur la scène mondiale, des organisations comme Amnesty surveillent : un décès pourrait déclencher une enquête de la Cour de justice de la CEDEAO, voire une plainte à l’ONU.

Le sort de Farba Ngom n’est pas qu’une affaire judiciaire : c’est un miroir des failles d’un système où la santé devient un pion. À l’aube de ce samedi, chaque heure compte. Laisser un homme mourir sous surveillance serait une tache indélébile sur la conscience nationale – et un avertissement pour tous.

Auteur/autrice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *