Un ferry qui sombre dans la nuit noire, engloutissant plus de 2 000 âmes dans les eaux tumultueuses de l’Atlantique, au large de la Gambie. Ce 26 septembre 2025, 23 ans après le naufrage du Joola, le Sénégal s’arrête, le cœur lourd, pour honorer les disparus et serrer les familles dans un étau de solidarité. Un drame qui, comme une ombre indélébile, scelle une nation dans la douleur et l’interrogation.
Les faits restent gravés comme un couperet : le 26 septembre 2002, le bateau, surchargé et vétuste, chavire en un instant, faisant 1 863 morts confirmés – un bilan officieux qui frôle les 2 000 – sur un total de 2 252 passagers, dont femmes, enfants et soldats. Seuls 64 survivants émergent de ce cauchemar maritime, le pire désastre non militaire depuis le Titanic. Aujourd’hui, alors que les cloches résonnent peut-être dans les mémoires, le pays rend hommage via des prières, des dépôts de gerbes et des discours solennels. Le message officiel, vibrant de compassion, promet de ne pas oublier : un appel à la vérité et à la justice, face à un deuil toujours brut, où les familles réclament encore des réponses sur les responsabilités – négligence de l’État, maintenance défaillante, surcharge tolérée. Critiquement, cette commémoration annuelle, si émouvante soit-elle, peine à panser les plaies : aucune enquête indépendante concluante n’a été menée, les indemnisations restent inégales, et les survivants, comme les veuves de Ziguinchor, vivent dans l’attente d’un mea culpa officiel qui tarde.
Ce 23e anniversaire est un miroir tendu au Sénégal : un rappel que la mémoire collective exige plus que des mots. Pourquoi pas rouvrir le dossier avec des experts internationaux, comme ce fut le cas pour l’accident du Costa Concordia, pour exhumer les causes profondes et apaiser les cœurs ? Je sens une frustration légitime : sans justice, ces hommages risquent de devenir des rituels creux, où la solidarité se dilue dans l’oubli progressif. Et si on transformait ce chagrin en action – renforcer la sécurité maritime, former les équipages, moderniser la flotte – pour que le Joola ne soit plus un avertissement ignoré ?
Ce drame résonne au-delà des côtes sénégalaises. En Indonésie, le naufrage du Sewol (2014) a poussé à des réformes maritimes drastiques après des années de protestations. Au Bangladesh, le ferry MV Shariatpur (2016) a relancé les débats sur la surcharge, avec des avancées timides. Globalement, ces catastrophes maritimes, souvent dans des pays en développement, soulignent un défi universel : allier croissance économique et sécurité humaine, sous peine de voir les eaux emporter bien plus que des vies.
Sous ce ciel de septembre, le Sénégal s’incline, mais avec une question en suspens : le Joola restera-t-il une plaie vive qui enseigne, ou une cicatrice silencieuse que le temps effacera, au risque de nouvelles tragédies dans l’indifférence ? Paix à leurs âmes, oui, mais justice pour leur mémoire.
- septembre 26, 2025
Le Joola, 23 ans d’un souvenir qui pèse, quand une plaie nationale refuse de cicatriser
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