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Daouda Diallo auditionné par la DIC, un flash-back sur les zones d’ombre des finances sous Macky Sall



Et si l’héritage financier d’un régime entier se mesurait à l’aune d’une simple convocation policière ? Le 23 septembre 2025, Abdoulaye Daouda Diallo, ancien ministre des Finances et figure clé de l’ère Macky Sall, a été entendu pendant plusieurs heures par la Division des investigations criminelles (DIC) à Dakar. Un passage en voiture de prestige qui n’a pas échappé aux regards, et qui ravive les soupçons sur des pratiques budgétaires troubles d’hier.

L’audition décryptée : un ancien pilier des Finances sous les projecteurs

Âgé de 57 ans, Daouda Diallo – inspecteur des impôts de formation et maire de Boké Dialloubé – a passé la matinée du 23 septembre à la DIC, escorté dans un véhicule haut de gamme qui a attiré les curieux. Successeur d’Amadou Ba au ministère des Finances et du Budget de 2019 à 2022, il avait ensuite dirigé le Conseil économique, social et environnemental (CESE) jusqu’en 2023. L’audition, qui s’est étirée sur des heures, porte sur des opérations suspectes validées sous son mandat : avances injustifiées à des entreprises, fonds publics non restitués au Trésor, et mécanismes parallèles qui ont fait gonfler la dette sans contrepartie tangible.Selon des sources proches du dossier, il n’est pas en garde à vue pour l’instant, mais une procédure judiciaire pourrait suivre, avec deux juges financiers déjà saisis pour creuser les faits.

Contexte et analyse : un dossier qui sent la purge post-électorale

Cette convocation s’inscrit dans une enquête plus large sur la gestion des finances publiques sous Macky Sall (2012-2024), lancée par le nouveau gouvernement de Bassirou Diomaye Faye. La DIC, aidée par la Cour des comptes et la CENTIF, cible des « décaissements » opaques : des milliards versés à des sociétés comme Eurocockpit ou Lavie Commercial pour des marchés publics, sans livraison ni remboursement, totalisant jusqu’à 546,7 millions FCFA dans un cas récent.
Diallo, qui a aussi géré l’Intérieur de 2013 à 2017, est accusé d’avoir fermé les yeux sur ces flux, favorisant un système où des audits internes étaient contournés. Critiquement, ce n’est pas isolé : Amadou Ba et Birima Mangara, anciens ministres du Budget, ont déjà été entendus en juin 2025, révélant un réseau de complicité au sommet. Dans un Sénégal où la dette publique avoisine 70 % du PIB, ces enquêtes soulèvent une question lancinante : étaient-ce des erreurs administratives, ou un détournement systémique pour financer des campagnes et des clientèles ? La DIC avance pas à pas, mais l’absence de gardes à vue immédiates laisse planer un risque de dilution politique.

Les zones floues : dettes occultes et marchés fantômes

Au cœur du scandale, des avances comme celles pour l’armement ou les infrastructures, où des fonds – jusqu’à 34 milliards FCFA dans un dossier connexe – ont transité sans trace. Diallo, en tant que gatekeeper budgétaire, aurait validé des procédures sans exiger de garanties, selon la Cour des comptes. Ces pratiques, courantes sous Sall, ont alourdi le fardeau fiscal sans bénéfice visible, alimentant un déficit budgétaire chronique.

Une justice sélective ou un vrai ménage de printemps ?

Suivre cette audition me pousse à un constat amer : Diallo, technocrate chevronné passé par la Loterie nationale et l’IPRES, incarne le paradoxe d’une élite qui gère l’argent public comme un bien privé. À mon sens, c’est une étape nécessaire pour restaurer la confiance, mais elle doit viser plus haut – auditions de Sall lui-même, gel d’avoirs offshore. Sans cela, on risque une chasse aux sorcières qui profite au nouveau régime sans éradiquer les racines du mal. Le Sénégal mérite une transparence budgétaire implacable, pas des enquêtes à géométrie variable qui entretiennent le cynisme populaire.

Regards croisés : le Sénégal dans le tourbillon des purges africaines

Ce dossier n’est qu’un écho continental : au Nigeria, l’enquête sur les subventions fantômes sous Buhari a empoché des milliards en 2024 ; en Afrique du Sud, les commissions Zondo sur la corruption ramènent des millions au Trésor. Globalement, l’Afrique de l’Ouest, minée par une corruption qui avale 25 % des budgets publics selon la Banque mondiale, voit des transitions comme celle de Faye inspirer des audits massifs. Comparé au Mali, où les purges post-junte virent à la vengeance, le Sénégal garde une façade républicaine – mais sans extraditions internationales pour les fuyards, ces efforts patinent.

Dans les couloirs de la DIC, une page se tourne sur l’ère Sall, mais les ombres des milliards perdus planent encore. Si Diallo et ses pairs tombent, ce sera un signal fort ; sinon, c’est le Sénégal tout entier qui paiera l’addition d’un passé qui refuse de se laisser auditer.

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