Ils ont osé : défiler dans les rues de Dakar pour des figures poursuivies pour détournement massif, blanchiment et association de malfaiteurs, comme si la justice n’était qu’un caprice administratif. Le 19 septembre 2025, une manifestation clairsemée – à peine de quoi remplir un bus – a tenté de crier l’innocence de Barthélémy Dias et consorts. Mais face à des caisses vidées et des cautions insolentes, ce spectacle laisse un goût amer : où est la défense des pauvres Sénégalais, spoliés par ces mêmes accusés ? Au lieu de traquer la vérité, des acteurs de la société civile et des politiques s’allient pour un plaidoyer qui pue l’opportunisme.
Un défilé ridicule pour des accusés muets
La scène était pathétique : pancartes brandies par une poignée de militants, slogans épars sous un soleil de plomb. Organisée par des coalitions d’opposition et des « défenseurs des droits », cette marche visait à dénoncer le « lynchage judiciaire » de Dias, ex-maire de Dakar, et d’autres comme Farba Ngom, incarcéré pour escroquerie de 31 milliards de FCFA. Pourtant, ces figures n’ont jamais vraiment plaidé leur innocence : pas d’auditions publiques, pas de contre-expertise financière solide. Au contraire, des cautions exorbitantes – des fortunes à l’origine douteuse, comme l’a relevé le juge d’instruction en juillet 2025 pour Ngom – ont été proposées pour attendrir la justice.
Les faits pèsent lourd. Dias, condamné pour homicide involontaire en 2023, a vu son recours rejeté par la Cour suprême le 18 septembre, confirmant sa destitution. Ngom, lui, invoque des maux cardiaques pour une libération provisoire, malgré des expertises qui peinent à masquer les trous noirs de ses comptes. Et ces « malfaiteurs en bande organisée », comme le qualifie le parquet pour des affaires liées à l’ancien régime Sall, préfèrent les arguments médicaux aux preuves d’innocence. La Cour des comptes, dans son rapport 2024, a listé 200 milliards de FCFA détournés sous Macky Sall – un butin qui aurait pu construire des écoles, pas des villas offshore.
Critiquement, cette mobilisation pue le calcul. Au lieu de réclamer des comptes pour les pauvres – ces Sénégalais qui galèrent avec un salaire minimum à 50 000 FCFA –, les organisateurs s’alignent sur des politiques discrédités. Des posts sur X ironisent : « Marcher pour les voleurs, c’est comme applaudir les pompiers qui arrosent l’essence ». La société civile, jadis rempart contre la corruption, se fourvoie ici en bouclier pour des élites qui fuient leurs responsabilités.
Des alliances troubles : société civile et politique, un duo toxique
Les acteurs de la société civile, censés être neutres, se liguent avec des opposants pour ce plaidoyer sélectif. Des ONG comme Afrikajom, qui avaient défendu des détenus politiques en 2023, prêtent aujourd’hui leur voix à des dossiers où l’innocence reste à prouver. Pourquoi ce silence sur les victimes du détournement ? Les fonds publics aspirés – routes inachevées, hôpitaux fantômes – touchent d’abord les plus vulnérables, pas les manifestants cosmopolites. Et ces cautions « insolentes », comme celle de 500 millions pour un comparse de Ngom en juin 2025, hurlent l’opacité : d’où vient cet argent, si ce n’est des mêmes circuits blanchis ?
Ce duo politique-civil soulève un voile : l’opposition, laminée depuis l’élection de Faye, recycle ses défaites en martyrs. Khalifa Sall, lui-même évincé en 2018 pour des motifs similaires, a fustigé un « coup de massue à la démocratie » dans son communiqué du 19. Mais en défendant des accusés qui esquivent les débats publics, ces alliances minent leur crédibilité. La justice, sous Faye, avance : 150 affaires de corruption bouclées en 2025, avec 40 % de condamnations. Ignorer cela pour crier au complot, c’est trahir les Sénégalais ordinaires, ceux qui paient l’addition.
Mon regard : une farce qui révèle un vide moral
En décortiquant ce cirque, je ne peux m’empêcher de hausser le sourcil : oser marcher pour des « voleurs » qui se terrent derrière des certificats médicaux, c’est non seulement osé, mais indécent. Personnellement, je vois là un vide abyssal : où est la solidarité pour les démunis, spoliés par ces bande organisées ? Ces manifestants devraient pivoter : exiger des audits citoyens, des restitutions forcées, pas des grâces pour les puissants. Si la société civile veut regagner du terrain, qu’elle cible les vrais coupables, pas les boucs émissaires. Sinon, ce « râle agonique » – comme l’appelait un observateur sur X – ne fera que discréditer l’opposition entière, laissant Faye consolider son emprise sans opposition crédible.
Un phénomène global : quand la défense des « innocents » masque les inégalités
Ce vaudeville n’est pas l’apanage du Sénégal. Au Brésil, des manifestations pour Lula en 2023 ont défendu un ex-président condamné pour corruption, au nom d’une « chasse aux sorcières ». Au Nigeria, des opposants marchent pour des gouverneurs blanchis de détournements, ignorant les bidonvilles qui prolifèrent. À l’échelle africaine, l’Union africaine note une hausse de 30 % des affaires de corruption en 2025, souvent étouffées par des alliances civico-politiques. Le Sénégal pourrait inverser la tendance : une commission mixte pour traquer les fonds détournés, inspirée du modèle sud-africain post-Zuma. Mais tant que les marches célèbrent les accusés au lieu des victimes, l’Afrique stagne dans son propre scandale.
Cette marche n’est pas qu’une blague de mauvais goût : c’est un miroir tendu à une opposition qui, en protégeant les siens, oublie le peuple. Si les « voleurs » osent le silence, leurs défenseurs devraient au moins oser la vérité. Sinon, les rues de Dakar, si vivantes, risquent de se taire – et la justice, d’avancer sans frein.

