Et si l’ancien locataire du Palais présidentiel, passé maître dans l’art de la manœuvre politique, tirait les ficelles d’une opposition feutrée aux réformes qui pourraient l’épingler ? Alors que le Sénégal adopte en urgence des lois sur la déclaration de patrimoine et l’accès à l’information, Macky Sall, retraité forcé depuis avril 2024, semble soudain revivre dans les couloirs du pouvoir. Mais derrière les murmures de son camp, se cache-t-il une peur légitime d’un bilan trop lumineux, ou un simple réflexe de survie politique ?
Les faits parlent d’eux-mêmes, sans fard. Entré en fonction en 2012, Sall avait fanfaronné avec une déclaration de biens publique villas à Dakar, terrains à Fatick, un appartement à Houston évalué à 220 000 dollars , un geste inédit pour un président sénégalais, censé incarner la rupture avec l’opacité wadeiste. Pourtant, réélu en 2019, il esquive la mise à jour, arguant d’une loi 2014 mal ficelée qui ne l’obligeait qu’à l’entrée du mandat. Résultat : douze ans au pouvoir sans bilan final, malgré des scandales comme les 5,6 milliards FCFA suspects via Woodrose Investment, impliquant son fils Amadou.
Aujourd’hui, la loi 2025-13, votée le 25 août et promulguée le 3 septembre, durcit le ton : déclarations à l’entrée et à la sortie pour tous les hauts fonctionnaires, seuils abaissés à 500 millions FCFA, sanctions jusqu’à six mois de prison via l’OFNAC boosté. L’opposition, menée par l’APR de Sall, crie au scandale : exemption du président en fin de mandat, un « trou » constitutionnel que Faye n’aurait pas osé boucher. Quant à la loi 2025-15 sur l’accès à l’information, adoptée le 26 août, elle ouvre les archives publiques – budgets, contrats, élections – sous peine d’amendes, avec une CONAI pour veiller au grain. Sous Sall, ce texte traînait depuis 2008, bloqué par des lobbies frileux ; son camp, muet en 2023 quand la société civile suppliait, tonne maintenant contre un « outil de chasse aux sorcières ». Contexte ironique : ces réformes s’inspirent du « Sénégal 2050 » de Faye, mais recyclent des bases posées sous Sall code UEMOA de 2012, loi 2014 sur les patrimoines –, avec des failles que l’opposition exploite pour crier à l’incohérence.
À mon sens, Sall n’est pas qu’un spectateur amer : il est le chef d’orchestre discret d’une résistance qui pue l’hypocrisie. Son silence sur ces lois, contrastant avec ses appels passés à la transparence, trahit une peur viscérale – peur des audits qui pourraient lier son règne à la dette explosive (100 % du PIB en 2023, contre 74 % annoncés) ou aux répressions de 2021-2024, épinglées par la Cour de comptes en février 2025. L’exemption présidentielle ? Un cadeau empoisonné qu’il avait lui-même toléré, et que son camp brandit pour discréditer Faye, accusé de « mal gouvernance » alors que Sall lui-même avait ignoré les rappels de l’OFNAC en 2020. Je m’interroge : est-ce de la realpolitik, ou un aveu que ces réformes, censées éradiquer la corruption, pourraient révéler des enrichissements indus dans l’entourage ? Prise de position sans détour : bravo pour les textes, mais sans rétroactivité sur les ex-présidents comme Sall, c’est du vent – une loi qui protège plus qu’elle ne punit, laissant les patriotes en herbe danser sur un air familier.
Globalement, ce bras de fer sénégalais reflète une Afrique en pleine mutation : au Nigeria, la loi sur l’accès à l’info de 2011 a forcé des audits sur les fonds pétroliers, topant des billions détournés ; en Afrique du Sud, les déclarations patrimoniales post-Mandela ont épinglé des Zuma-like, via une Public Protector indépendante. À l’inverse, sous des régimes comme celui de Sall, les blocages coupures internet en 2023 pour étouffer les fuites – rappellent les leçons ratées de l’OGP, où le Sénégal s’était engagé en 2025 pour une loi info, mais sans suite sous l’ancien maître. Ces dynamiques ouest-africaines, boostées par l’UA et ses conventions anti-corruption, pourraient inspirer une vague : si Faye applique sans pitié, Dakar redevient modèle ; sinon, Sall aura gagné par procuration, perpétuant un cycle où la transparence reste un slogan.
Macky Sall n’est pas qu’un ex-président en vacances marocaines : c’est le fantôme qui hante ces lois, un rappel brutal que la vraie résistance n’est pas dans les bancs de l’Assemblée, mais dans les silences complices d’un système qu’il a tant choyé et que seul un OFNAC intraitable pourrait enfin exorciser.

