Alors que le Sénégal traverse une période de turbulences politiques et judiciaires, l’ancien président Macky Sall, sorti du silence, monte au créneau pour défendre bec et ongles son bilan économique et social. Dans une déclaration choc, il réplique aux accusations portées par son successeur, Bassirou Diomaye Faye, notamment sur la gestion de la dette publique, tout en mettant en garde contre les réformes brutales qui pourraient freiner l’élan du pays. Un discours qui ravive les tensions entre passé et présent, dans un climat où les chiffres et les héritages s’entrechoquent.
Une guerre des chiffres autour de la dette publique
Au cœur du débat, la dette publique, devenue un os de discorde entre les deux régimes. Macky Sall dénonce avec virulence les accusations de falsification lancées par le nouveau gouvernement. « Il en est de même des accusations de falsification des chiffres de la dette publique lancées par le nouveau gouvernement qui n’a pas hésité à changer les méthodes et bases de calcul pour les formuler. Au moyen d’un artifice comptable, il a ainsi ajouté toute la dette publique, ce qui est proprement inacceptable », assène-t-il. Selon lui, cette approche fausse la réalité économique : « La dette publique représente principalement celle de l’État à travers le Trésor mais aucunement celle des sociétés nationales qui possèdent un patrimoine, des actifs et du passif, comme la Senelec, Air Sénégal, etc. » Une distinction technique qui, selon Sall, vise à discréditer son bilan sans fondement solide.

Face à ces critiques, le gouvernement Faye maintient sa ligne : une refonte des calculs pour révéler l’ampleur réelle de l’endettement hérité, estimée à plus de 70 % du PIB selon les nouvelles méthodes. Mais pour Sall, cette révision relève d’une manipulation comptable, un argument qu’il brandit pour protéger une décennie de gouvernance marquée par des investissements massifs.
Un bilan vanté sous tous les cieux
L’ex-chef de l’État déroule ensuite un plaidoyer détaillé, soulignant les avancées réalisées sous son mandat (2012-2024) dans divers secteurs. Agriculture, pêche, élevage, énergie, hydraulique et assainissement, éducation, santé – avec la Couverture maladie universelle (CMU) et la gestion de la pandémie de Covid-19 – infrastructures : Sall dresse un tableau d’un Sénégal en pleine modernisation. « Ces domaines ont bénéficié de réformes structurelles qui ont projeté le pays vers l’avenir », insiste-t-il, citant les autoroutes, les centrales solaires et les hôpitaux rénovés comme des preuves tangibles de son legs.
Mais cette défense s’accompagne d’un avertissement cinglant à ses successeurs. « Quand il s’agit de réformes structurelles qui entendent projeter le pays dans vingt ou trente ans, les arrêter d’un coup est fatal et condamne le pays au mieux à faire du surplace, au pire à la relégation, et nos compatriotes à reporter leur espoir d’un avenir meilleur », prévient-il. Une pique directe à l’administration Faye, qui a gelé plusieurs projets phares de l’ère Sall, jugés trop coûteux ou mal orientés, au risque, selon l’ancien président, de briser l’élan économique.
Un hommage à Wade, une leçon d’histoire
En fin de discours, Macky Sall surprend en rendant hommage à son prédécesseur, Abdoulaye Wade. « Il est temps de rendre à César ce qui appartient à César et donc, à Wade ce qui est à Wade : Abdoulaye Wade l’avait déjà amorcée avec, par exemple, la construction… », lance-t-il, laissant sa phrase en suspens comme une invitation à compléter la liste des réalisations wadesques – l’Université Cheikh Anta Diop modernisée ou l’Autoroute de l’Avenir. Ce geste, rare dans un climat politique souvent marqué par les rivalités, vise peut-être à ancrer son propre bilan dans une continuité historique, tout en tendant une olive d’apaisement dans un pays fracturé.
Un Sénégal à la croisée des chemins
À minuit passé, sous un ciel dakarrois chargé d’incertitudes, les mots de Macky Sall résonnent comme un défi lancé à Bassirou Diomaye Faye. Entre un bilan défendu avec ferveur et des mises en garde sur l’avenir, l’ancien président cherche à préserver son héritage face à un gouvernement qui promet de tout réécrire. Mais au-delà des chiffres et des discours, c’est la capacité du Sénégal à transformer ces tensions en dialogue qui déterminera son destin. Pour l’heure, la nation retient son souffle, espérant que ce débat ne la plonge pas dans l’immobilisme, mais l’élève vers un avenir commun, loin des surenchères d’un passé disputé.

