Une relation de confiance forgée sur 17 ans d’ombre fidèle s’effritait pour un simple 4×4, entraînant au passage des noms illustres dans la tourmente ? Le 17 septembre 2025, le tribunal des flagrants délits de Dakar a été le théâtre d’un affrontement retentissant entre l’homme d’affaires Cheikh Amar et Ousmane Seck, dit Bouba, son ancien chauffeur et homme de main, poursuivi pour escroquerie sur 37 millions FCFA et injures non publiques. Un délibéré fixé au 24 septembre qui promet des rebondissements.
## Au cœur du litige : un véhicule au prix de la loyauté
Tout part d’un malentendu sur un Toyota 4×4. Cheikh Amar accuse Bouba d’avoir empoché 37 millions FCFA pour un achat à Dubaï, avant d’immatriculer le bolide à son nom et de refuser de le rendre. Des versements progressifs, une confiance trahie : l’homme d’affaires, figure discrète mais influente des cercles d’élite sénégalais, dépeint un subterfuge classique d’abus de confiance. Bouba, de son côté, balaie ces allégations d’un revers de main. Recruté en 2009 comme chauffeur, conseiller et garde du corps, il jure n’avoir touché que 13 millions, un « don » de plus parmi les largesses de son patron – voitures, maison, et même des milliards transités pour des « dons » à des personnalités. Le véhicule ? Un cadeau pur et simple, le quatrième en date, et point final. Le parquet, sentant l’odeur de l’abus plutôt que de l’escroquerie pure, requiert six mois ferme, une peine qui pourrait sceller le sort de cet ex-homme de l’ombre.
## Contexte et regard incisif : quand la fidélité se mue en vendetta
Cette affaire n’est pas qu’un feuilleton domestique ; elle met à nu les fragilités d’un écosystème où argent, pouvoir et proximité personnelle font bon ménage. Cheikh Amar, connu pour ses générosités discrètes – des enveloppes à des leaders comme l’ex-président Abdoulaye Wade ou des guides religieux tels Serigne Sidy et Serigne Saliou Mbacké – a vu sa sphère intime se fissurer. Bouba, à la barre, n’a pas mâché ses mots : il admet les audios injurieux où il traite son ex-patron de « voleur », invoquant une scène humiliante chez Wade qui aurait tourné la tête d’Amar. Mais le clou ? Des piques acérées contre Adama Sylla, la seconde épouse d’Amar, accusée d’avoir ruiné l’homme d’affaires avec une promesse mirifique de 270 milliards contre une caution de 3 milliards, scellée par un mariage express. L’avocat de la partie civile, Me Bachir Lo, fustige ces « déclarations pour les choux gras de la presse », soulignant que la notoriété n’excuse pas l’impunité. Critiquement, ce procès révèle les coulisses d’un Sénégal où les relations patronales virent souvent au clanique : générosité en échange de silence, jusqu’à ce que l’argent ou une jalousie conjugale ne fasse tout basculer. Et les noms lâchés à la barre – Wade, Sall, Mbacké – ? Des armes rhétoriques pour intimider, mais qui risquent de transformer un litige privé en scandale public.
### Les zones grises : entre générosité et manipulation
Bouba vante une loyauté à toute épreuve : 3 milliards distribués sans un centime de retenue, des courses pour un patron amputé d’une jambe. Pourtant, pourquoi immatriculer un « cadeau » à son nom si ce n’est pour brouiller les pistes ? Amar, lui, parle de « manœuvres » pour un achat anonyme. Cette opacité, typique des transactions informelles au Sénégal, où 70 % des affaires se font sans trace écrite, alimente les soupçons. Sans preuves irréfutables – virements bancaires ou témoins neutres – le juge devra trancher entre un don généreux mal interprété et une arnaque ourdie dans l’ombre.
## Mon angle : un signal pour les pactes invisibles du pouvoir
En suivant ce dossier de près, je ne peux ignorer le malaise : combien de « Bouba » gravitent-ils autour des puissants, gérant l’argent sale des faveurs politiques sans filet ? À mon sens, ce procès n’est pas qu’une querelle d’ego ; c’est un avertissement pour les élites sénégalaises. Amar, en portant plainte malgré les risques de révélations explosives, pose un geste courageux pour restaurer l’égalité devant la loi – mais au prix d’une exposition humiliante. Bouba, lui, joue la carte de la victime loyale, mais ses attaques ad hominem contre Sylla sentent la diversion. Le vrai enjeu ? Réformer ces flux informels qui minent la transparence, surtout dans un pays où la corruption ronge 2 % du PIB annuellement. Sans cela, ces affaires resteront des feux de paille, masquant les vraies escroqueries aux dépens du peuple.
## Échos comparés : le Sénégal face aux drames intimes des magnats africains
Ce pugilat rappelle d’autres chutes en Afrique : au Nigeria, l’affaire du magnat Aliko Dangote et son ex-comptable, qui a détourné des millions pour un « prêt personnel » en 2023, ou en Afrique du Sud, où Jacob Zuma a vu ses « amis » le trahir pour des pots-de-vin immobiliers. Globalement, ces litiges personnels – souvent amplifiés par des médias avides – illustrent un continent où la richesse post-coloniale se gère en vase clos, exposant les vulnérabilités des « parrains » aux ragots judiciaires. Au Sénégal, plus stable démocratiquement, des réformes comme la loi anti-blanchiment de 2024 pourraient prévenir ces dérapages, inspirant des voisins comme le Mali. Mais sans justice impartiale, ces affaires ne font que creuser le fossé entre élites et citoyens.
Derrière les 37 millions et les audios rageurs, c’est un empire de faveurs qui vacille – un rappel brutal que la loyauté achetée finit toujours par se monnayer au tribunal, laissant les puissants nus face à leurs propres ombres.
- septembre 23, 2025
L’affaire Cheikh Amar contre son ex-chauffeur, un drame de confiance qui vire au pugilat judiciaire
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