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EXCLUSIF| Air Sénégal : Des conflits d’intérêts au sommet, des milliards de pertes, le député Guy Marius Sagna saisit le ministre des transports

Dakar, Sénégal- La compagnie nationale Air Sénégal SA est au cœur d’une nouvelle et grave controverse. Les questions écrites adressées au gouvernement par le député Guy Marius Sagna le 4 novembre 2025 dévoilent un tableau sombre marqué par des conflits d’intérêts présumés au plus haut niveau de la direction, une gestion opérationnelle aberrante, et un fardeau financier s’élevant à des milliards de FCFA de pertes cumulées.

L’interpellation parlementaire exige des éclaircissements immédiats sur la gestion et la gouvernance d’une entreprise dans laquelle l’État n’a cessé d’injecter les deniers publics.

Soupçons de conflits d’intérêts : La triple et la double casquette des dirigeants

L’une des préoccupations majeures soulevées par le député concerne les cumuls de fonctions au sein de la direction, qui soulignent une dangereuse confusion des genres :

  • Le PCA pris entre trois rôles ? Le PCA (Président du Conseil d’Administration) d’Air Sénégal est questionné sur un triple cumul : être à la fois PCA, pilote de ligne actif au sein de la compagnie, et officier général en activité dans l’armée nationale. Un tel cumul poserait un problème d’indépendance et de disponibilité pour superviser l’entreprise.
  • Le DG au service de la concurrence ? Plus critique encore, le député demande si le Directeur Général (DG) est également le représentant (GSA) d’Air Côte d’Ivoire et de Flynas au Sénégal – deux concurrents directs d’Air Sénégal. S’ajoute à cela le rôle de promoteur du Groupe IRIS et de ses filiales. Si ces faits sont confirmés, le DG serait dans une situation de conflit d’intérêts frontal, impossible à concilier avec la défense des intérêts de la compagnie nationale.

Une  flotte au sol piégée par une stratégie incohérente

Les questions opérationnelles révèlent un paradoxe coûteux pour le contribuable :

  1. Avions cloués, location excessive : Pourquoi Air Sénégal recourt-elle massivement au coûteux wet lease (location d’avion avec équipage), comme le Boeing 777 loué pour la desserte de la France, alors que sa propre flotte (A330, A319, A321) et ses propres équipages sont immobilisés ? Le député exige de connaître le coût mensuel de cette location et la marge réelle réalisée sur la ligne France.
  2. La « Subvention Déguisée » : Le plus choquant est l’allégation selon laquelle Air Sénégal sous-louerait une partie de son personnel navigant qualifié A330 et une trentaine de PNC à d’autres compagnies à des tarifs inférieurs aux salaires qu’elle continue de leur verser. Guy Marius Sagna dénonce une « subvention déguisée » qui permet à la concurrence de bénéficier de pilotes formés par Air Sénégal, sans en avoir supporté les coûts de formation et de certification.

Les avions « L410NG » : Un scandale à cinq milliards l’unité

Le dossier de l’acquisition des cinq avions tchèques de type L410NG par l’ancien ministre des Transports est également mis en lumière :

  • Achat non sollicité ? L’acquisition de ces appareils pour environ 5 milliards de FCFA l’unité aurait été réalisée sans demande formelle d’Air Sénégal et sans préavis de l’ANACIM (Autorité de l’aviation civile).
  • Avions mort-nés : Le député révèle que deux de ces avions sont livrés et immobilisés à Dakar depuis deux ans sans jamais avoir opéré.
  • Certification en Question: Est-ce que ces avions sont au moins certifiés par l’ANACIM?

L’immobilisation de ces actifs, dont la valeur globale avoisine les 25 milliards de FCFA, est un gaspillage inouï de l’argent public se l’honorable Guy Marius Sagna

Le point de rupture : 250 milliards de pertes

Le député conclut en s’interrogeant sur la nécessité de continuer à injecter des fonds publics au regard de ces défaillances de gouvernance et des 250 milliards de FCFA de pertes cumulées entre 2020 et 2024. Il demande également des précisions sur l’avancement de la création de la filiale Air Sénégal Express et l’association des partenaires privés nationaux annoncés.

La réponse du Ministre des transports à cette salve de questions est attendue avec la plus grande fermeté. Elle déterminera non seulement l’avenir de la compagnie nationale, mais aussi la crédibilité de la gouvernance économique de l’état sénégalais telle que prônée par le Premier ministre Ousmane Sonko qui porte la vision du Président Bassirou Diomaye FAYE pour la concrétisation du « Jub Jubal Jubanti »

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