EDUCATION

De la tôle aux tableaux blancs : Kampissa, un chantier éducatif qui fait bouger les lignes au Sénégal ?

Et si une simple visite pouvait transformer des paillotes en salles éclairées ? À Kampissa, dans le sud du Sénégal, c’est ce qui s’est passé en à peine quatre mois : des abris de fortune, balayés par des classes neuves. Mais ce succès local cache-t-il une urgence nationale, où des milliers d’enfants attendent encore leur tour sous la pluie battante ?
Rappelons les faits. En mai 2025, Marie Khone Faye, Première Dame du Sénégal, foulait le sol poussiéreux de Kolda, dans ces abris provisoires où 200 élèves s’entassaient sous des tôles rouillées, sans eau ni ombre. Accompagnée du ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy – un ancien maire de Kédougou connu pour son franc-parler –, elle distribuait des kits d’hygiène menstruelle tout en pointant du doigt ces symboles d’un système éducatif à bout de souffle. Aujourd’hui, septembre 2025, l’école de Kampissa arbore fièrement quatre salles modernes, un bloc sanitaire impeccable et 500 mètres de clôture solide. Ce chantier, financé par le Programme d’Urgence de Remplacement des Abris Provisoires (PURAP) lancé en juillet, s’inscrit dans une offensive plus large : le gouvernement Faye vise à éradiquer les 7 145 abris recensés en 2024, en impliquant même l’armée pour accélérer les constructions dans les zones rurales isolées comme Kolda. Pourtant, les chiffres interpellent : malgré une réduction de moitié depuis 2011, ces structures précaires exposent encore 85 000 enfants à des risques sanitaires et à un apprentissage tronqué, avec un taux d’abandon grimpant de 20 % dans ces conditions.
À mes yeux, cette métamorphose de Kampissa est un coup de maître politique, mais aussi un miroir tendu à l’ambition du régime. L’engagement de Marie Khone Faye, sans fondation officielle mais avec une présence terrain discrète et efficace, injecte une dose d’humanité dans une machine administrative souvent perçue comme distante. Guirassy, de son côté, mise sur l’innovation – IA à l’école, partenariats public-privé – pour hisser le Sénégal au rang de « référence africaine ». Mais je pose la question : est-ce suffisant face à un budget éducation rogné par les dettes passées ? Cette accélération post-visite sent le symbole fort, mais sans suivi rigoureux, elle pourrait virer au coup de com’, laissant les régions frontalières comme Kolda – où la migration et la pauvreté minent la scolarisation – en plan.
Sur l’échiquier continental, le Sénégal n’est pas seul : le Kenya a éradiqué 80 % de ses abris en cinq ans via des financements verts, tandis que le Mali patine avec des conflits qui aggravent les disparités rurales. Globalement, l’UNESCO alerte sur 250 millions d’enfants africains privés d’infrastructures décentes, un frein au dividende démographique que Dakar semble vouloir contourner par des alliances avec la BOAD, qui a déjà débloqué 25 milliards FCFA pour 1 500 salles. Ces comparaisons soulignent une dynamique : la transparence et la mobilisation citoyenne, comme les caravanes de Faye, pourraient inspirer une vague ouest-africaine, à condition d’éviter les pièges de la corruption qui plombent tant de projets.
Kampissa n’est pas qu’une école rénovée : c’est un pari sur l’avenir, où chaque brique posée défie l’oubli des campagnes sénégalaises, rappelant que l’éducation n’est vraie que si elle abrite tous les rêves, sans exception.

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