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De la plume au pilori : Madiambal Diagne, le facilitateur piégé par ses propres connexions ?

Et si un ancien greffier reconverti en magnat des médias se retrouvait soudain menotté par les flux qu’il a aidés à faire circuler ? En pleine vague de réformes anti-corruption, l’affaire Ellipse Projects International éclabousse Madiambal Diagne, patron d’Avenir Communication : son épouse interpellée, lui traqué dans la nuit. Un scénario digne d’un polar judiciaire, où un contrat juteux de 250 milliards FCFA vire au cauchemar financier. Mais derrière les descentes musclées, se profile-t-il une chasse aux sorcières ou un nettoyage tardif des écuries d’Augias ?

Les contours de cette tempête se dessinent depuis des semaines. Tout part d’un rapport CENTIF de mars 2025, qui alerte sur 21 milliards FCFA de rétrocommissions suspectes liées à un méga-marché public au ministère de la Justice : la construction de vingt palais de justice et d’infrastructures pénitentiaires, octroyé sans appel d’offres à Ellipse Projects International, une société étrangère aux appuis bien placés. Diagne y est pointé comme « facilitateur » : il aurait orchestré les introductions, les études architecturales et les démarches administratives avant même la signature officielle du contrat, facturé à 250 milliards au total, dont plus de 90 déjà versés. Des fonds auraient transité par des proches, dont son épouse, présumée gérante d’une entité impliquée. Le 23 septembre, il tente l’exfiltration via un vol Air Sénégal vers Paris, mais la police de l’air et des frontières le débarque in extremis à l’AIBD, sous interdiction de sortie notifiée à la dernière minute. Le lendemain, la DIC envahit son domicile à Dakar, interroge l’épouse jusqu’à tard dans la nuit, et lance une chasse à l’homme pour lui. Auditionné le 24, il clame son innocence, jurant n’avoir fait que des missions légitimes. L’Inspection générale de l’Administration de la Justice (IGAJ) renchérit avec un pavé de 300 pages sur la qualité défaillante des travaux, tandis que le pôle judiciaire financier, boosté par les lois d’août 2025 sur les patrimoines et l’accès à l’info, ouvre une information judiciaire. Ces textes, qui obligent les déclarations de biens et forcent l’ouverture des archives, tombent à pic : sans eux, ces flux off-shore auraient pu couler sous le radar, comme tant d’autres sous l’ère Sall.

Cette arrestation domiciliaire, presque théâtrale, soulève plus de questions qu’elle n’en résout. Diagne, ex-greffier au Conseil constitutionnel passé maître des coulisses médiatiques, incarne le paradoxe d’une élite qui flirte avec le pouvoir : facilitateur pour un contrat opaque, il risque maintenant de payer pour un système qu’il a longtemps couvert. Les 21 milliards, c’est une goutte dans l’océan des 5,6 milliards suspects de l’affaire Woodrose, mais le timing est révélateur juste après les lois Faye, qui visent explicitement les enrichissements illicites. Critiquement, où est la transparence promise ? L’OFNAC, nouvellement armé, tarde à trancher, et ces descentes nocturnes sentent l’intimidation plus que l’enquête rigoureuse. À mes yeux, c’est un cas d’école pour tester ces réformes : bravo pour l’audace, mais sans rétroactivité sur les contrats antérieurs, on risque de cibler les intermédiaires comme Diagne tout en épargnant les commanditaires. Je m’interroge : est-ce une vengeance post-électorale contre un journaliste qui a navigué entre camps, ou le début d’une ère où les facilitateurs tombent les premiers ? Prise de position sans ambages : il faut aller au bout, avec des audits publics via la CONAI, pour que l’affaire Ellipse ne soit pas qu’un épisode isolé, mais un signal fort contre les marchés taillés sur mesure.

L’affaire Diagne n’est pas qu’une descente de police : c’est un révélateur brutal, où les ombres des contrats fantômes menacent d’engloutir les plumes trop curieuses, rappelant que la vraie justice se forge non dans les nuits de traque, mais dans la lumière impitoyable des archives enfin ouvertes.

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