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𝗔𝗶𝗿 𝗦𝗲́𝗻𝗲́𝗴𝗮𝗹 : 𝗮𝗷𝘂𝘀𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝗼𝗽𝗲́𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝘀, 𝗳𝗿𝗮𝗴𝗶𝗹𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝘂 𝗵𝘂𝗯 𝗲𝘁 𝗿𝗲𝗺𝗶𝘀𝗲 𝗲𝗻 𝗰𝗮𝘂𝘀𝗲 𝗱𝘂 𝗹𝗼𝗻𝗴-𝗰𝗼𝘂𝗿𝗿𝗶𝗲𝗿

Depuis la prise de fonction de la nouvelle direction (août-septembre 2024), Air Sénégal a 𝐫𝐞́𝐨𝐫𝐠𝐚𝐧𝐢𝐬𝐞́ 𝐬𝐞𝐬 𝐡𝐨𝐫𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬. Objectif apparent : 𝐚𝐦𝐞́𝐥𝐢𝐨𝐫𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐩𝐨𝐧𝐜𝐭𝐮𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́. Résultat immédiat : 𝐛𝐚𝐢𝐬𝐬𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐭𝐚𝐫𝐝𝐬. Mais cette amélioration masque une 𝐝𝐞́𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐫𝐨𝐠𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐯𝐞 du modèle 𝐡𝐮𝐛-𝐚𝐧𝐝-𝐬𝐩𝐨𝐤𝐞, pourtant essentiel à la 𝐫𝐞𝐧𝐭𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐮 𝐥𝐨𝐧𝐠-𝐜𝐨𝐮𝐫𝐫𝐢𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐢𝐭𝐞́ 𝐫𝐞́𝐠𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞.

𝗖𝗼𝗻𝘀𝗲́𝗾𝘂𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗼𝗽𝗲́𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗿𝗰𝗶𝗮𝗹𝗲𝘀 :

– 𝐋𝐨𝐧𝐠-𝐜𝐨𝐮𝐫𝐫𝐢𝐞𝐫 𝐟𝐫𝐚𝐠𝐢𝐥𝐢𝐬𝐞́ : la rentabilité des A330neo (et du 777 en ACMI) repose sur l’alimentation du hub. Or, la réduction des correspondances nuit au remplissage des vols vers Paris et l’Europe.

– 𝐄́𝐫𝐨𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐢𝐭 𝐫𝐞́𝐠𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 : les passagers en provenance de Bamako, Conakry ou Banjul ne trouvent plus de correspondances fluides à Dakar. Ils migrent vers d’autres hubs (CMN, IST, ADD) ou vers le point-à-point (Bamako avec Corsair).

– 𝐂𝐫𝐨𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐩𝐨𝐢𝐧𝐭-𝐚̀-𝐩𝐨𝐢𝐧𝐭, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐬𝐨𝐮𝐬 𝐩𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧 : l’Europe c’est le seul segment en hausse, porté par la demande locale. Toutefois, la perte du transit régional par Air Sénégal affaiblit sa rentabilité et sa compétitivité face à Air France, Transavia….

🚨 𝗥𝗲𝗺𝗶𝘀𝗲 𝗲𝗻 𝗰𝗮𝘂𝘀𝗲 𝗱𝘂 𝗔𝟯𝟯𝟬𝗻𝗲𝗼 : 𝘂𝗻𝗲 𝗹𝗲𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲 𝗲𝗿𝗿𝗼𝗻𝗲́𝗲 ?

Air Sénégal envisage de remplacer l’A330-900neo par le Boeing 787, arguant d’un manque de rentabilité. Pourtant :

– Le A330neo est performant dans une logique hub-and-spoke. Sans transit régional, sa 𝐫𝐞𝐧𝐭𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐜𝐡𝐮𝐭𝐞 𝐦𝐞́𝐜𝐚𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭.

– Le B787, bien que plus efficient sur certaines routes, reste un bicouloir long-courrier. Sans stratégie réseau cohérente, il subira les mêmes contraintes.

– Le coût de transition (formation, maintenance, certification) est élevé. Sans retour sur investissement garanti, cela peut aggraver les pertes.

𝗥𝗲𝗻𝘁𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁𝗲́ 𝗱𝗲́𝗴𝗿𝗮𝗱𝗲́𝗲 : 𝘂𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗲́𝗾𝘂𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝘂 𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗮𝘂, 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗲 𝗹’𝗮𝗽𝗽𝗮𝗿𝗲𝗶𝗹

Le taux de remplissage vers Paris est probablement inférieur à 70 %, bien en dessous du seuil de rentabilité long-courrier estimé entre 75 et 80 %. Cela signifie que le 𝐑𝐀𝐒𝐊 (𝐫𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮 𝐩𝐚𝐫 𝐬𝐢𝐞̀𝐠𝐞-𝐤𝐢𝐥𝐨𝐦𝐞̀𝐭𝐫𝐞) ne couvre plus le 𝐂𝐀𝐒𝐊 (𝐜𝐨𝐮̂𝐭 𝐩𝐚𝐫 𝐬𝐢𝐞̀𝐠𝐞-𝐤𝐢𝐥𝐨𝐦𝐞̀𝐭𝐫𝐞).

La disparition du transit régional est le facteur principal : 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐫𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐝𝐚𝐧𝐜𝐞𝐬 = 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐦𝐩𝐥𝐢𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 = 𝐫𝐞𝐧𝐭𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐫𝐨𝐦𝐢𝐬𝐞.

𝗜𝗺𝗽𝗮𝗰𝘁 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗮𝘂 𝗿𝗲́𝗴𝗶𝗼𝗻𝗮𝗹 : 𝘃𝗲𝗿𝘀 𝘂𝗻 𝗺𝗼𝗱𝗲̀𝗹𝗲 𝗺𝘂𝗹𝘁𝗶-𝗹𝗲𝗴

La chute du transit oblige Air Sénégal à revoir son modèle régional. Le point-à-point pur n’est plus viable. Il faut passer à des 𝐯𝐨𝐥𝐬 𝐦𝐮𝐥𝐭𝐢-𝐥𝐞𝐠 (ex. : Dakar–Bamako–Ouagadougou), pour mutualiser les flux, optimiser les coefficients de remplissage et restaurer une logique de réseau.

𝗔𝗻𝗮𝗹𝘆𝘀𝗲 𝘁𝗲𝗰𝗵𝗻𝗶𝗾𝘂𝗲 :

– 𝐓𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐜𝐫𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐟𝐥𝐨𝐭𝐭𝐞 𝐧𝐨𝐧 𝐚𝐭𝐭𝐞𝐢𝐧𝐭𝐞 : avec une flotte limitée et hétérogène, il devient impossible d’assurer des rotations fiables, de lisser les aléas ou de garantir des correspondances efficaces.

– 𝐄𝐟𝐟𝐞𝐭 𝐝𝐨𝐦𝐢𝐧𝐨 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐢𝐭𝐞́ : la moindre perturbation désorganise l’ensemble du réseau, faute de redondance ou de flexibilité.

– 𝐃𝐞́𝐜𝐫𝐨𝐜𝐡𝐚𝐠𝐞 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 : en s’éloignant du modèle hub-and-spoke, Air Sénégal s’expose à une perte de parts de marché durable, notamment sur le corridor Europe–Afrique de l’Ouest.

𝗔𝗻𝗮𝗹𝘆𝘀𝗲 𝘀𝘁𝗿𝗮𝘁𝗲́𝗴𝗶𝗾𝘂𝗲 :

– La taille critique de flotte reste le socle opérationnel et stratégique pour un hub régional dynamique. Sans une flotte dimensionnée et homogène, impossible de sécuriser les rotations, d’optimiser les correspondances ou de soutenir la croissance régionale.

– Les actions artificielles visant à masquer les contraintes opérationnelles entraînent des pertes de parts de marché, un impact sur le chiffre d’affaires et sur l’emploi.

– La pérennité et la compétitivité du hub de Dakar, notamment sur le bicouloir Europe ↔ Afrique et les connexions régionales, exigent cohérence dans la flotte et respect de la logique hub-and-spoke.

𝗠𝗼𝗻 𝗽𝗼𝗶𝗻𝘁 𝗱’𝗲𝘅𝗽𝗲𝗿𝘁 :

Les ajustements ponctuels peuvent réduire certaines tensions opérationnelles, mais ils compromettent la consolidation réelle du hub et la stratégie de long terme d’Air Sénégal. 𝐶ℎ𝑎𝑛𝑔𝑒𝑟 𝑑’𝑎𝑣𝑖𝑜𝑛 𝑠𝑎𝑛𝑠 𝑟𝑒𝑠𝑡𝑎𝑢𝑟𝑒𝑟 𝑙𝑒 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑖𝑡 𝑟𝑒𝑣𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑡𝑟𝑎𝑖𝑡𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑒𝑓𝑓𝑒𝑡𝑠 𝑠𝑎𝑛𝑠 𝑐𝑜𝑟𝑟𝑖𝑔𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑐𝑎𝑢𝑠𝑒𝑠.

𝐄𝐝𝐨𝐮𝐚𝐫𝐝 𝐌𝐨𝐜𝐭𝐚𝐫 𝐀𝐧𝐲𝐢𝐦 𝐸𝑥𝑝𝑒𝑟𝑡 𝑒𝑡 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑢𝑙𝑡𝑎𝑛𝑡 𝑒𝑛 𝑠𝑡𝑟𝑎𝑡𝑒́𝑔𝑖𝑒 𝑒𝑡 𝑔𝑜𝑢𝑣𝑒𝑟𝑛𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑒𝑛𝑡𝑟𝑒𝑝𝑟𝑖𝑠𝑒𝑠, 𝑑𝑜𝑡𝑒́ 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑑𝑜𝑢𝑏𝑙𝑒 𝑒𝑥𝑝𝑒𝑟𝑡𝑖𝑠𝑒 𝑒𝑛 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑝𝑜𝑟𝑡 𝑎𝑒́𝑟𝑖𝑒𝑛 𝑒𝑡 𝑑𝑖𝑠𝑡𝑟𝑖𝑏𝑢𝑡𝑖𝑜𝑛. 𝑆𝑝𝑒́𝑐𝑖𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑑𝑢 𝑚𝑎𝑛𝑎𝑔𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑠𝑡𝑟𝑎𝑡𝑒́𝑔𝑖𝑞𝑢𝑒, 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑓𝑜𝑟𝑚𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑜𝑟𝑔𝑎𝑛𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑛𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑒𝑡 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑐𝑜𝑚𝑝𝑒́𝑡𝑖𝑡𝑖𝑣𝑖𝑡𝑒́ 𝑑𝑒𝑠 𝑜𝑟𝑔𝑎𝑛𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠

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