Ni armes ni canons : c’est un chapelet à la main et le savoir en bandoulière que des dizaines de disciples d’El Hadji Malick Sy sont partis, de Mpal à Kaolack, de Dakar à Louga, planter les graines de la tijaniyya à travers le Sénégal et au-delà. À quelques jours du Gamou de Tivaouane, retour sur dix de ces muqaddams qui ont porté, chacun sur son territoire, l’enseignement de Maodo.
De son vivant, Seydi El Hadji Malick Sy n’a pas seulement fondé et fait rayonner la zawiya de Tivaouane : il a essaimé son enseignement à travers un réseau de muqaddams, ces disciples élevés au rang de représentants, chargés de vulgariser l’islam et la tijaniyya dans un Sénégal alors sous domination coloniale.
À l’approche du Maouloud célébrant la naissance du Prophète Mohammed (PSL), l’itinéraire de dix d’entre eux illustre l’ampleur de cet essaimage.
À Mpal, dans le Gandiol, El Hadji Rawane Ngom, surnommé le ”sosie de Maodo” pour sa ressemblance autant physique que spirituelle avec son maître, aurait célébré avec lui la toute première commémoration du Maouloud, dans la maison familiale, avant que Tivaouane n’en devienne le haut lieu.
À Pire, Tafsir Abdou Birane Cissé, l’un des tout premiers muqaddams formés aux côtés de Maodo, obtient en 1902 la bénédiction de ce dernier pour instaurer le Gamou de Pire, une célébration que sa lignée anime encore aujourd’hui.
D’autres ont porté la voix de Maodo au-delà des frontières. À Kaolack, El Hadji Abdou Hamid Kane embarque en 1916 pour Alexandrie afin de représenter, à la place de son maître souffrant, l’Afrique-Occidentale française à une conférence des oulémas du Maghreb. Il en reviendra avec un morceau de la couverture de la Kaaba, envoyé pour orner le mausolée de Seydi Hadj Malick Sy.
À Dakar, Thierno Seydou Nourou Tall, petit-fils d’El Hadji Oumar Foutiyou Tall, celui qui introduisit la tijaniyya en Afrique de l’Ouest, scelle par son allégeance à Maodo, puis par son mariage avec l’une de ses filles, l’union des deux grandes branches sénégalaises de la confrérie. Il fonde ensuite en 1957 l’Assemblée des muqaddams tidianes du Sénégal.
Dans le Fouta puis à Dakar, Serigne Baba Ly, surnommé ”le Sage du Fouta”, se voit confier plusieurs missions diplomatiques par Maodo, jusqu’en Côte d’Ivoire.
D’autres encore ont enraciné la confrérie sur de nouveaux territoires. Envoyé à Mbour sur ordre de Maodo, Cheikh Ahmed Barro y consolide l’islam auprès des populations côtières.
À Diourbel, Mame Thierno Kandji installe en 1903 un “daara” et instaure le Gamou local, tout en nouant une amitié restée célèbre avec Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme, symbole de la cohabitation entre les deux voies spirituelles du pays.
À Louga, El Hadji Malick Sall organise en 1927 le tout premier Gamou de la ville, cinq ans après la disparition de son guide.
Le sillage de Maodo compte enfin des lettrés à la plume prolifique : Thierno Alioune Bâ, parti disséminer l’islam dans le Jolof, laisse une œuvre poétique dédiée au Prophète, à Cheikh Ahmed Tidiane et à Maodo lui-même.
De son côté, El Hadji Mayoro Sall, spécialiste du droit des successions (miraas) installé dans le Njambuur, deviendra le père du savant Serigne Abass Sall.
Un siècle après leur disparition pour la plupart, ces muqaddams sont honorés chaque année par des ziarras et des Gamous locaux qui perpétuent, de Mpal à Kaolack, l’héritage de Maodo, en écho, cette année encore, à la grande célébration attendue le 25 août à Tivaouane.
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