Le Gamou de Médina Baye s’est progressivement imposé comme l’un des grands rendez-vous religieux à dimension internationale du Sénégal. Chaque année, la cité religieuse accueille des milliers de fidèles venus de plusieurs pays d’Afrique et d’autres régions du monde, donnant à la célébration une portée qui dépasse largement les frontières nationales. Cet enracinement international de la Fayda trouve son origine dans l’œuvre de Cheikh Ibrahima Niass, plus connu sous le nom de Baye Niass.
Selon l’enseignant-chercheur à l’Université Iba Der Thiam de Thiès, Dr Babacar Niane, fervent talibé de Baye Niass et auteur d’un ouvrage consacré à son père, El Hadj Abdoulaye Niass, cette dimension internationale est le fruit d’un long processus de transmission et de rayonnement religieux.
Né en 1900 à Taïba Niassène, Baye Niass a reçu une solide formation dans les sciences islamiques et le soufisme. Il s’impose progressivement comme une référence religieuse au sein de la famille, notamment à Léona et à Kossi. Entre 1929 et 1930, il se proclame maître de la Fayda et fonde Médina Baye, en référence à Madinatoul Mounawwara, lieu d’exil du Prophète Muhammad (Psl).
Pour Dr Babacar Niane, la fondation de Médina Baye marque une étape décisive dans l’expansion de la Fayda. « Médina Baye est fondée par Baye Niass en 1929 et, juste après, il a continué les Gamou entamés depuis Léona », souligne-t-il. Le premier Gamou organisé par Baye Niass remonte ainsi à 1930.
Carrefour des nationalités
Le rayonnement de Baye Niass dépasse rapidement les frontières sénégalaises. Le Nigeria constitue notamment l’un des principaux foyers de cette expansion. Dr Niane évoque à cet égard la rencontre entre Cheikh Ibrahima Niass et l’émir Abdallah Bayero de Kano, qui aurait joué un rôle important dans le développement de son influence religieuse dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest.
Au fil des années, le réseau des disciples de Baye Niass s’étend à de nombreux pays. Cette implantation internationale contribue à faire du Gamou de Médina Baye un espace de convergence de nationalités différentes. Des fidèles venus notamment d’Afrique de l’Ouest, mais également d’autres continents, rallient chaque année Kaolack pour prendre part à la célébration du Mawlid.
Cette internationalisation est également liée au travail de transmission assuré par les générations qui ont poursuivi l’œuvre de Baye Niass. Dr Babacar Niane cite notamment l’action de son petit-fils, Cheikh Imam Assane Cissé, dans le rayonnement de la Fayda aux États-Unis.
Cette ouverture au monde prend racine dans l’histoire même de la famille Niass. Avant Médina Baye, El Hadj Abdoulaye Niass avait consacré sa vie à l’enseignement des sciences arabo-islamiques, à l’éducation religieuse et à l’agriculture. Né à Béli, dans le Djolof, entre 1840 et 1844 selon les sources, il avait quitté cette région en 1860 avec son père pour répondre à l’appel de Maba Diakhou Bâ.
Après le décès de son père à Niassène Walo, il associe pendant un temps engagement religieux, enseignement et agriculture avant de se consacrer pleinement à la transmission du savoir et au travail de la terre. Il fonde Taïba Niassène, puis Léona à Kaolack en 1910, après plusieurs démêlés avec l’administration coloniale qui l’avaient notamment contraint à s’exiler en Gambie.
Léona devient alors un important espace d’enseignement et de pratique religieuse. C’est dans cet environnement que s’épanouit la vocation de Baye Niass, avant la création de Médina Baye et l’élargissement du rayonnement de la Fayda.
Aujourd’hui, la présence de fidèles de différentes nationalités lors du Gamou témoigne de cette trajectoire. La cité religieuse de Kaolack ne constitue plus seulement un haut lieu de la vie religieuse sénégalaise. Elle est devenue un point de convergence pour une communauté de disciples dispersée à travers le monde.
Salla GUEYE

