POLITIQUE

KIIRAAY, la nouvelle arme politique de Diomaye face à PASTEF

Le Sénégal est-il en train d’assister à la naissance d’un nouveau duel politique ? Le lancement officiel de KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, samedi à Dakar, dépasse largement le simple cadre de la création d’un parti présidentiel. Derrière les discours, les symboles et les appels à la République, beaucoup y voient le début d’une confrontation politique entre le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye et son ancien mentor, Ousmane Sonko, président de PASTEF.

La première affirmation sans détour : « KIIRAAY est le parti majoritaire dans ce pays. » est une déclaration lourde de sens. En choisissant ces mots dès le lancement de sa formation, le chef de l’État affiche clairement son ambition : faire de KIIRAAY le principal pilier de la majorité présidentielle et le centre de gravité du pouvoir.

Cette ambition intervient alors que plusieurs responsables et militants ont annoncé leur départ de PASTEF pour rejoindre la nouvelle formation présidentielle. Même si ces départs restent limités à ce stade, ils traduisent une recomposition politique qui pourrait s’accélérer dans les prochains mois.

Autre passage largement commenté : « Fii, saa fitnë dootufi nanee ñeex », une expression wolof que l’on peut traduire par : « Désormais, la discorde ne sera plus tolérée ici. », ce que beaucoup estiment que cette phrase constitue un message adressé à Ousmane Sonko, avec lequel leurs divergences sont devenues publiques ces derniers mois.

Le président a également établi une distinction qui a suscité de nombreuses réactions : « Quand on est opposant, on n’est responsable de rien. Lorsqu’on exerce le pouvoir, on est responsable de tout. » Cette réflexion peut être lue comme une manière de rappeler les exigences de l’exercice du pouvoir, après deux années passées à la tête de l’État.

La réponse d’Ousmane Sonko n’a pas tardé. Depuis Khombole, le président de PASTEF a tenté de désamorcer les effets des démissions enregistrées dans son parti. « Quand quelqu’un décide de partir, souhaitons-lui bon vent », a-t-il lancé à ses militants, avant de leur demander de ne plus commenter les départs. Selon lui, les adhésions à PASTEF restent largement supérieures aux démissions et le parti ne serait nullement fragilisé.

Cette réaction intervient alors que PASTEF mène actuellement une vaste campagne nationale de vente de 1 millions de cartes de membre afin de renforcer son implantation et de démontrer que sa base militante demeure solide.

Au-delà des déclarations, c’est une véritable bataille d’influence qui semble désormais s’ouvrir. D’un côté, un président de la République qui cherche à construire sa propre force politique autour de KIIRAAY. De l’autre, un PASTEF qui entend conserver son rôle de première force militante du pays.

Cette nouvelle configuration pourrait profondément modifier les équilibres politiques issus de l’élection de 2024. Les anciens compagnons de lutte, qui avaient incarné ensemble l’alternance avec leur slogan « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye », évoluent désormais sur des trajectoires distinctes. Si les deux responsables continuent d’affirmer agir dans l’intérêt supérieur de la Nation, leurs stratégies politiques apparaissent désormais différentes.

Les prochains mois ou les prochaines joutes électorales permettront de mesurer si cette rivalité restera une compétition démocratique entre deux formations issues d’une même histoire ou si elle débouchera sur un affrontement politique plus marqué. Une chose est certaine : avec la naissance de KIIRAAY et la mobilisation de PASTEF, la conquête des militants, des élus et de l’opinion publique est désormais pleinement engagée.

Mame NGUIRANE

Auteur/autrice

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