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Unstoppable Africa : le Sénégal veut incarner une Afrique actrice de son destin

À New York, lors de la Global Africa Business Initiative, le président Bassirou Diomaye Faye a livré un discours qui a résonné bien au-delà des murs de l’ONU. En affirmant que « l’Afrique n’est pas une promesse lointaine : elle est une réalité vivante », le chef de l’État sénégalais a placé son pays au cœur d’une ambition continentale : faire de l’Afrique un acteur incontournable de la scène mondiale.

La jeunesse comme socle stratégique

Dans un continent où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, la promesse de mettre la jeunesse au centre des politiques publiques n’est pas seulement un slogan. C’est une urgence. Le Sénégal s’engage à offrir à cette génération des perspectives qui dépassent la migration ou le chômage chronique. Mais transformer ce discours en mesures concrètes – formation adaptée, emploi qualifié, participation politique – reste le véritable test.


L’innovation comme levier d’indépendance

Le président a insisté sur une économie « libérée par l’innovation ». Cette orientation rappelle que les richesses africaines ne doivent pas seulement être extraites, mais transformées localement. Reste que l’écosystème de l’innovation au Sénégal, bien qu’en croissance (start-up tech, fintech, énergies renouvelables), reste fragile face au manque de financements, aux lourdeurs administratives et à une concurrence mondiale féroce.


Souveraineté africaine : une idée séduisante, une réalité complexe
L’appel à une Afrique « souveraine et actrice de son destin » fait écho à un désir partagé à travers le continent : réduire la dépendance aux partenaires extérieurs, qu’ils soient occidentaux, chinois ou du Golfe. Mais l’interdépendance économique est aujourd’hui une donnée incontournable. La souveraineté ne peut donc être envisagée comme un repli, mais plutôt comme la capacité de négocier d’égal à égal. Et là, l’Afrique peine encore à parler d’une seule voix.



Le Sénégal comme catalyseur ?

En plaçant Dakar comme épicentre d’une nouvelle dynamique, le président joue une carte ambitieuse. Le pays bénéficie d’une image de stabilité relative, d’un capital symbolique fort et d’une diplomatie active. Mais il fait face aussi à ses propres contradictions : infrastructures à moderniser, tensions sociales, attentes immenses d’une jeunesse impatiente.



Regards croisés : quand l’Afrique s’affirme ailleur

Le Rwanda s’est fait laboratoire d’une gouvernance axée sur l’innovation et la technologie.

Le Nigeria, première puissance démographique et économique du continent, tente de s’imposer dans la tech et le divertissement (Nollywood, Afrobeats).

L’Afrique du Sud garde une longueur d’avance industrielle, mais peine à incarner une vision panafricaine.

Dans ce concert, le Sénégal mise sur un discours rassembleur, qui pourrait séduire autant les partenaires internationaux que les peuples africains eux-mêmes.



Un message fort, un chemin escarpé

À New York, le Sénégal a envoyé un signal politique clair : l’Afrique n’est plus en attente, elle veut prendre place à la table des décisions. Mais l’histoire montre que les grandes visions se heurtent souvent aux réalités économiques et politiques du terrain.

Si Bassirou Diomaye Faye réussit à transformer ses mots en actions palpables – emploi massif pour les jeunes, diversification économique, coopération africaine renforcée – alors son discours ne restera pas une simple envolée à la tribune. Il pourrait marquer le début d’une ère où le Sénégal devient réellement un catalyseur d’une Afrique unie et influente.

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