Alors que le président syrien, Ahmad el-Chareh, évoquait en début de semaine les négociations en cours entre la Syrie et Israël au sujet d’un accord sécuritaire, et qu’un cessez-le-feu fragile est en cours à Gaza, trois membres du think tank américain « Washington Institute for Near East Policy » suggèrent, dans le média américain The Washington Post, qu’un accord de paix israélo-arabe durable pourrait venir du Liban. En ligne, ledit think tank est présenté comme pro-israélien, ayant été fondé dans les années 1980 par l’un des membres du lobby israélo-américain AIPAC et en partie financé par ce même lobby.
Selon Hanine Ghaddar, Robert Satloff et Ehud Yaari, la tenue actuelle au Liban d’un débat sur une paix israélo-arabe, et tout particulièrement d’une paix libano-israélienne, résulte de deux facteurs. Le premier concerne « la défaite cuisante infligée par Israël au Hezbollah » écrivent-ils, qui a amené une « grande partie de l’opinion publique libanaise » à penser que seule une réconciliation avec l’État hébreu pouvait mettre fin au cycle de la violence. Le second est la pression imposée par le président américain Donald Trump pour obtenir une paix à l’échelle régionale, notamment en étendant les accords d’Abraham.
Passer de la rhétorique à la paix
Les trois membres du think tank justifient cette analyse en citant les discours respectifs du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du président libanais Joseph Aoun devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre à New York. Le premier avait ainsi évoqué la paix entre Israël et le Liban par l’extension des accords d’Abraham ; le second avait débuté son allocution en affirmant venir « pour parler de paix ». Joseph Aoun avait par la suite souligné la nécessité de négociations entre le Liban et Israël, appelant à des pourparlers indirects, des sorties remarquées par l’administration Trump.« Le principal obstacle qui empêche de passer de la rhétorique à la paix », notent-ils, « est le Hezbollah », son désarmement étant la condition préalable à la paix, avançant la date du 1er janvier comme potentiel point de bascule. Israël se montrerait alors plus enclin « à lancer une opération pour mener à bien cette mission lui-même », selon un avertissement de l’émissaire américain Tom Barrack. Mais, notent Hanine Ghaddar, Robert Satloff et Ehud Yaari, une façon d’éviter la guerre serait « que le Liban et Israël entament leur propre processus de paix », sapant de facto les efforts du parti chiite pour regagner son influence politique. Bien que les dirigeants libanais lient, selon les auteurs, leur volonté de négocier à la fin de la guerre à Gaza et la création d’un État palestinien avant d’envisager la normalisation avec Israël, le risque de nouveaux conflits « pourrait suffire » pour que Joseph Aoun et Nawaf Salam tentent la voie diplomatique avec Israël.
Les auteurs considèrent toutefois que l’administration Trump « devrait faire davantage » pour pousser le Liban à mener des négociations avec Israël, énonçant pêle-mêle des possibilités : l’envoyé spécial Steve Witkoff pourrait d’abord faire pression sur les partenaires arabes des États-Unis ; les Américains devraient inciter Beyrouth à négocier en offrant de l’aide à l’économie libanaise ; une aide internationale à la reconstruction devrait être conditionnée à la prise de mesures en faveur de la paix (délimitation des frontières, coordination sur la gestion de l’eau et l’approvisionnement en énergie, abrogation des lois anti-normalisation notamment).
Dans un ton plus ferme, Hanine Ghaddar, Robert Satloff et Ehud Yaari affirment que l’administration Trump devrait rappeler au Liban que « le choix de ne pas désarmer le Hezbollah et de ne pas poursuivre la voie diplomatique avec Israël aura un coût », pouvant se traduire selon eux par la perte de l’aide américaine aux forces armées libanaises, la perte du soutien américain à l’économie locale, et la perte de la volonté américaine d’empêcher Israël de désarmer le Hezbollah « par la force ». Notant que des progrès vers la paix seront difficiles, les auteurs croient toutefois voir « une occasion rare d’expliquer aux Libanais ordinaires les avantages » de la diplomatie avec Israël.

