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Sénégal : L’absence de souveraineté monétaire comme obstacle à l’autonomie économique

Si l’on soutient que la souveraineté monétaire constitue une garantie fondamentale de la sécurité d’un pays, c’est parce qu’elle permet d’éviter des formes de dépendance structurelle et de vulnérabilité externe qui limitent considérablement la capacité des États à agir selon leurs propres intérêts.

La détention d’une monnaie nationale, la maîtrise du système financier interne ainsi que le contrôle effectif des ressources naturelles offrent en effet les leviers essentiels pour assurer un développement endogène et orienter les choix économiques en fonction des priorités nationales. Les pays qui réunissent ces conditions ne sont pas contraints de se tourner vers les institutions financières internationales pour combler leurs besoins de financement, car ils disposent des moyens internes nécessaires à leur autonomie.

Le Botswana et l’Algérie en fournissent des exemples significatifs : tous deux émettent leur propre monnaie, et surtout maîtrisent directement l’exploitation et la valorisation de leurs ressources stratégiques, qu’il s’agisse des diamants pour le premier ou des hydrocarbures pour le second. Cette combinaison leur confère une capacité de résistance face aux pressions extérieures et leur permet d’échapper au recours systématique aux prêts du Fonds monétaire international
La situation inverse illustre le caractère déterminant de cette autonomie. Lorsqu’un État ne possède pas de souveraineté monétaire ni de contrôle sur son système financier et ses ressources, il se trouve inévitablement exposé aux contraintes des bailleurs internationaux.

Le cas du Sénégal en est une illustration contemporaine : faute de disposer de sa propre monnaie et d’instruments financiers autonomes, son gouvernement est obligé de négocier en permanence avec le Fonds monétaire international, lequel tire profit de cette dépendance pour imposer ses conditions et orienter les choix budgétaires et économiques. Cette perte de marge de manœuvre empêche l’État de financer librement ses politiques publiques, l’enfermant dans un rôle de solliciteur dépendant d’un décaissement extérieur pour assurer ses besoins immédiats.

Une telle dynamique engendre un cercle vicieux. Même si le Fonds monétaire international venait à débloquer de nouveaux prêts dans les prochains jours, la situation ne ferait que se répéter à l’identique, car les causes structurelles de la dépendance demeureraient inchangées.
Échapper à cette logique suppose non pas d’accumuler de nouveaux engagements auprès de ces institutions, mais de réorienter radicalement la trajectoire économique vers une reconquête de la souveraineté monétaire et du contrôle des ressources.

Ce n’est qu’à ce prix qu’un État peut disposer de la pleine capacité de financer son développement selon ses propres termes et préserver sa sécurité économique face aux aléas de l’extérieur.

Modou NDIAYE: Économiste / Chercheur 

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