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Sénégal : Khalifa Ababacar Sall fustige le rejet du recours de Barthélémy Dias – une « confiscation » de la démocratie locale ?

Le 19 septembre 2025, Khalifa Ababacar Sall, ancien maire de Dakar et figure de l’opposition sénégalaise, a lâché une charge virulente contre la Cour suprême. Dans une déclaration lapidaire relayée par SenePlus, il dépeint le rejet du recours de Barthélémy Dias comme un « coup de massue » asséné à la souveraineté électorale. « Le suffrage des Dakarois s’en voit confisqué, sacrifié sur l’autel de dérive autoritaire », tonne-t-il, voyant là une « violation implacable de la souveraineté populaire ». Pour Sall, ce verdict n’est pas qu’une défaite judiciaire : c’est un signal d’alarme pour la démocratie décentralisée au Sénégal, où les élus locaux deviennent des pions d’un pouvoir central affamé.

Un verdict qui clôt un chapitre sanglant et politique

L’affaire Dias remonte à une nuit fatale de 2011 : lors d’un meeting tendu, le jeune militant Ndiaga Diouf trouve la mort dans des affrontements. Condamné pour homicide involontaire en 2023, Dias voit sa peine confirmée en appel le 31 décembre 2024. 9 Le préfet de Dakar réagit par un arrêté de révocation, arguant d’une incompatibilité avec le mandat électif. Dias contre-attaque : seul un décret présidentiel peut écarter un maire pour faute grave, clame-t-il en s’appuyant sur l’article 135 du Code général des collectivités locales. Son recours à la Cour suprême, déposé fin 2024, traîne jusqu’au 18 septembre : rejet total, suivant les réquisitions de l’avocat général qui valide l’arrêté préfectoral. 0 1

Résultat : Abass Fall, cadre Pastef et ministre du Travail, élu en août 2025 avec 52 % des voix, s’installe jusqu’en 2027. 1 Dakar, avec son budget de 150 milliards de FCFA et ses 3,8 millions d’habitants, bascule définitivement dans l’orbite du pouvoir Faye. Sur X, les soutiens de Dias hurlent au scandale : « Fiction juridique », lâche Thierno Bocoum, tandis que des milliers de vues amplifient l’indignation.

Ce feuilleton n’est pas isolé. Depuis l’alternance de mars 2024, plus de 50 élus d’opposition ont été épinglés pour irrégularités, selon l’Observatoire de la démocratie. 4 La Cour suprême, censée veiller à l’équilibre des pouvoirs, semble ici pencher du côté de l’exécutif, érodant les acquis de la décentralisation des années 90.

Dérive autoritaire ou simple application de la loi ?

Pour Sall, ce rejet est « l’expression implacable » d’un autoritarisme naissant : la Cour ignore l’article 135, qui exige une procédure contradictoire et un décret présidentiel pour révoquer un maire. Les Dakarois, en réélisant Dias en 2023 malgré les casseroles, avaient exprimé un choix clair – un suffrage « confisqué » par une bureaucratie zélée. 3 Du côté du pouvoir, c’est l’inverse : la loi prime, protégeant l’institution d’un élu condamné. L’avocat général a balayé les arguments de la défense, jugeant l’arrêté conforme, et la Cour a suivi, taillant en pièces les moyens invoqués par Dias. 9

Critiquement, ce cas révèle une faille structurelle. Sous Faye, les réformes judiciaires – loi anti-corruption de mai 2025, radiation de 200 fonctionnaires – avancent, mais au prix d’une politisation accrue ? Des juristes comme Me Abdoulaye Wade fils y voient une « violation flagrante », tandis que le gouvernement vante une justice « propre ». Pour 2029, ce verdict pourrait même barrer la route présidentielle à Dias, via l’inéligibilité liée à sa condamnation. 5 Et les Dakarois ? Dépossédés, ils risquent l’abstention, affaiblissant la légitimité de Fall.

Une voix d’opposant : Sall, le martyr qui relance le combat ?

Khalifa Ababacar Sall, évincé lui-même en 2018 pour des motifs similaires, n’hésite pas à se projeter dans ce drame : son communiqué du 19 septembre, ferme et lyrique, transforme Dias en symbole d’une opposition muselée. « Coup de massue à la démocratie », martèle-t-il, appelant à une mobilisation pour la « libre administration des collectivités ». Personnellement, je mesure le poids de ces mots : Sall, ex-maire charismatique, sait que ces affaires judiciaires forgent des martyrs. Mais au-delà du tollé, ce verdict questionne : une réforme de l’article 135 n’est-elle pas urgente, pour blindage contre les excès ? Sans cela, la souveraineté locale reste un vœu pieux, et Sall risque de transformer sa colère en étendard – au risque d’une polarisation accrue.

Echos régionaux : un motif récurrent en Afrique

Ce scénario hante les démocraties africaines. Au Mali, des mairies dissoutes en 2024 pour « inefficacité » ont provoqué des émeutes. Au Kenya, des maires éjectés en 2023 pour corruption ont cristallisé l’opposition, menant à des manifestations nationales. L’Union africaine recense 40 cas similaires en 2025, où la justice sert de levier politique. Le Sénégal, bastion de stabilité, flirte avec le même piège : avec Sonko au gouvernement, un dialogue multipartite – inspiré du modèle sud-africain – pourrait désamorcer. Sinon, ces « sacrifices » judiciaires pourraient enflammer les urnes de 2027.

Ce rejet n’est pas qu’un arrêt : c’est un séisme qui ébranle les fondations démocratiques. Si le pouvoir écoute les échos de Sall, il pourra réparer ; sinon, les Dakarois, spoliés, pourraient bien se souvenir – et voter avec les pieds.

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