ENVIRONNEMENT

Mbeubeuss : Moussa Balla Fofana promet une décharge transformée en pôle écologique de dernière génération

Quand un enfer toxique aspire à l’air pur : la promesse verte de Mbeubeuss

Plongez dans l’odeur âcre d’un site qui avale 2 000 tonnes d’ordures par jour, un monstre ouvert depuis 1968 qui étouffe Dakar et ses riverains. À Mbeubeuss, cette plaie urbaine de 175 hectares pourrait-elle renaître en oasis high-tech ? Moussa Balla Fofana, ministre de l’Urbanisme, dégaine une vision audacieuse : transformer cette décharge infernale en hub écologique de pointe, avec centres de tri, zones sportives et verdure à perte de vue. Mais au-delà des discours, ce chantier révèle-t-il une vraie rupture ou un rafistolage cosmétique ?

Le tableau s’esquisse en phases concrètes, loin des annonces en l’air. Lancés en janvier 2025 après un déguerpissement musclé des occupants illicites, les travaux ont déjà bouffé 100 hectares sur les 175, grâce à un budget de 206 milliards de FCFA injecté via le Projet de promotion de la gestion intégrée des déchets (Promoged). Fofana, en visite terrain le 25 septembre, détaille le blueprint : un centre de traitement des déchets pour valoriser les rebuts en ressources, des espaces verts pour contrer la désertification locale, et des aires de loisir pour redonner souffle aux communautés asphyxiées par les fumées toxiques. L’État y ajoute 26 milliards pour des emplois verts – recyclage industrialisé, ateliers de formation – touchant les 3 000 récupérateurs qui triment dans la boue, souvent enfants inclus. Critiquement, ces avancées masquent des couacs : seulement 12 % des fonds Promoged absorbés en trois ans, des plaintes sur l’exploitation par des firmes étrangères (chinoises en tête), et un risque de précarité accrue si la transition ne protège pas les informels. Dans un Dakar surpeuplé, où 475 000 tonnes de déchets annuelles pèsent sur la santé publique, cette mue est vitale – mais sans suivi rigoureux, elle pourrait virer au mirage.

Pour ma part, cette promesse de Fofana sonne comme un pari osé, presque romantique : faire d’une bombe sociale un poumon économique. Et si on allait plus loin ? Pourquoi ne pas impliquer les récupérateurs comme co-gérants, pour que la « dernière génération » rime avec inclusion réelle plutôt qu’avec un simple relooking ? Je doute que des usines high-tech suffisent sans éducation massive – imaginez des gamins sortis des tas d’ordures pour des filières vertes. C’est là que le bât blesse : sans filet social béton, on recycle les déchets, mais pas les inégalités.

Ce virage sénégalais fait écho à des révolutions plus larges. À Lagos, la décharge d’Olusosun s’est muée en parc solaire, générant électricité pour des milliers, grâce à un partenariat Banque mondiale. Ou au Brésil, où Curitiba a pionnier les « décharges-zéro » via tri citoyen, boostant l’économie circulaire. Globalement, ces cas montrent que l’Afrique de l’Ouest, minée par l’urbanisation folle, peut leader en écologie pragmatique – à condition de ne pas importer des modèles occidentaux mal taillés.

Sous ce ciel chargé de promesses, Mbeubeuss attend son heure : un site qui, s’il fleurit vraiment, pourrait inspirer un continent à fouiller son passé pour ensemencer l’avenir, avant que les ordures ne l’engloutissent pour de bon.

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