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Lutte au Sénégal : le CNG affiche un excédent, mais les défis persistent

Le Comité National de Gestion de la Lutte (CNG) vient de rendre public un bilan financier flatteur pour la saison écoulée : 251,1 millions de FCfa de recettes pour 222,7 millions de charges. Le solde positif de 28,4 millions de FCfa est salué comme un gage de bonne gouvernance. Mais derrière ce chiffre, que voit-on réellement ?




Faits et bilan officiel

Les recettes du CNG s’élèvent à 251,177 millions de FCfa, provenant entre autres des licences (lutteurs, promoteurs, managers), des sanctions pécuniaires, des droits d’organisation pour la lutte avec frappe, et d’une contribution importante du « Drapeau du Chef de l’État » (73,2 millions).

Les charges totales sont de 222,751.648 millions de FCfa, réparties dans le fonctionnement du comité, les frais de missions, l’organisation des galas régionaux et la participation aux activités nationales.

Le solde net est de 28,425.352 millions FCfa, dont 10,757.352 millions en liquidité disponible. Le reste (17,668 millions) représente un préfinancement de l’équipe nationale, censé être remboursé par le ministère des Sports.





Analyse critique : qu’est-ce qui rend ce bilan à la fois satisfaisant… et incomplet ?

✅ Signes positifs

1. Rigoureuse gestion : Maintenir un surplus dans le sport de haut niveau, où les frais organisationnels sont souvent élevés et les recettes variables, témoigne d’une discipline financière non négligeable.


2. Diversification des revenus : Le CNG ne repose pas uniquement sur une source unique. On note les licences, les droits d’organisation, les contributions publiques, etc. Cela réduit le risque d’instabilité financière.


3. Capacité de préfinancement : Le fait que l’instance puisse avancer des fonds pour l’équipe nationale indique une marge de manœuvre interne, un signe que les comptes ne sont pas en situation critique.



⚠ Limites et zones d’ombre

1. Dépendance au financement public : La contribution du « Drapeau du Chef de l’État » pèse lourd dans le total. Cela peut être perçu comme une force, mais aussi comme un point de vulnérabilité si ce financement venait à diminuer.


2. Préfinancement non encore remboursé : Les 17,668 millions FCfa avancés pour l’équipe nationale restent à rembourser. Si le ministère des Sports tarde, cela pourrait grever les liquidités ou obliger à des coupes ailleurs.


3. Coûts cachés ou contingents : Les chiffres donnent une image comptable, mais peu d’explications sur les délais de paiement, les dettes éventuelles, ou les investissements de long terme non amortis.






Mon regard : entre fierté et exigence

Ce bilan est, dans le contexte du sport sénégalais, plutôt encourageant. Il prouve que le CNG peut fonctionner sans déficit chronique, ce qui n’est pas le cas partout. Cela donne crédibilité, confiance pour les partenaires, et un socle pour des projets futurs.

Mais je reste prudent : la durabilité de cette bonne gestion dépendra largement de la transparence continue, de la réduction de la dépendance aux financements publics uniques, et de la capacité à créer des revenus autonomes (par exemples sponsors privés, merchandising, diffusion médiatique).

De plus, le préfinancement, s’il est une marque de réactivité, ne doit pas devenir un mode permanent faute de ressources stables. Il faudra voir si les remboursements sont effectués à temps, si les promesses de rentrées futures se concrétisent.




Comparaison internationale : ce que font d’autres comités sportifs

Au Maroc, par exemple, certaines fédérations de sports traditionnels combinent soutien public avec contrats privés de sponsoring, transmissions télévisées, billetterie, pour réduire le poids de l’État dans le budget.

En Afrique du Sud, les fédérations sportives misent sur les revenus de broadcast, partenariats internationaux, et licences pour maximiser la marge de manœuvre financière.

En Kenya ou sur d’autres marchés émergents, les défis sont souvent d’atteindre la transparence financière : rendre publics les comptes, expliquer les dépenses, éviter les gaspillages. Le CNG semble s’engager dans cette voie, mais doit maintenir ce cap.





Financement sain, ambition réelle : le défi qui reste

Le Comité national de gestion de la lutte a prouvé qu’il sait équilibrer ses comptes. Ce succès mérite d’être salué, non seulement comme un exploit administratif, mais comme un signal fort pour le sport sénégalais.

Reste désormais à transformer ce bilan en un levier : renforcer l’organisation, professionnaliser davantage les structures, améliorer les perspectives pour les jeunes lutteurs, diversifier les sources de revenus, et garantir que l’équilibre budgétaire ne soit pas accidentel, mais systématique.

Si le CNG parvient à faire de cette saison un tremplin, alors l’excédent ne sera pas seulement comptable, mais stratégique pour l’avenir de la lutte au Sénégal.

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