INTERNATIONALE

L’Italie en ébullition : grèves et manifestations massives pour Gaza, un cri contre l’inaction de Rome

Et si une grève nationale paralysait ports, écoles et transports pour forcer un gouvernement à regarder en face les ruines de Gaza ? Le 22 septembre 2025, l’Italie a vécu une journée de mobilisation inédite, où des dizaines de milliers de travailleurs, étudiants et citoyens ont bloqué le pays pour exiger un arrêt immédiat des violences et une reconnaissance de la Palestine – un sursaut face à la prudence affichée par l’exécutif de Giorgia Meloni.

Une vague de protestations : faits et ampleur d’un mouvement ouvrier

Des syndicats de gauche comme l’USB, la CUB et l’USI ont orchestré une grève générale de 24 heures, touchant plus de 60 villes, de Rome à Palerme en passant par Milan et Gênes. À Rome, plus de 20 000 personnes, dont des hordes de lycéens, se sont massées devant la gare Termini, agitant des drapeaux palestiniens et scandant « Palestine libre ! » Les transports publics ont été chamboulés : bus à l’arrêt, métro perturbé, ports de Gênes et Livourne bloqués par des dockers réclamant l’embargo sur les armes vers Israël. 28 À Turin et Florence, étudiants et employés ont défilé en rangs serrés, tandis qu’à Naples et Bari, les cortèges ont paralysé les centres-villes. Ce n’est pas une coïncidence : la mobilisation tombe le jour où la France, le Royaume-Uni et d’autres nations reconnaissent l’État palestinien à l’ONU, un pas que l’Italie refuse pour l’instant. 29 Les organisateurs parlent d’un « arrêt total pour la Palestine au cœur », avec des écoles dédiées à des ateliers sur la paix et des veillées catholiques prévues à Rome le soir même.

Contexte et analyse : un fossé entre la rue et le pouvoir Meloni

Cette explosion de colère s’inscrit dans un sillage européen : alors que l’UE débat de sanctions commerciales contre Israël, Rome traîne des pieds, arguant d’une « préoccupation » sans actes concrets. Giorgia Meloni, alignée sur une ligne conservatrice proche de Washington, a stoppé les exportations d’armes vers Israël depuis octobre 2023, mais refuse la reconnaissance palestinienne et les mesures punitives proposées à Bruxelles. 30 Sur le terrain, la situation à Gaza empire : bombardements intensifiés, blocus humanitaire, hôpitaux rasés – un bilan qui, selon un sondage Only Numbers, horrifie 64 % des Italiens, dont 41 % appellent à un État palestinien viable. 34 Critiquement, ces grèves ne sont pas qu’un exutoire : elles exposent une fracture interne. À Milan, des heurts violents près de la gare centrale – jets de projectiles, gaz lacrymogènes – ont opposé manifestants et police, transformant un appel à la paix en chaos urbain. 28 Meloni a condamné ces « pseudo-pacifistes » comme des « teppistes », minimisant les manifestations pacifiques ailleurs pour focaliser sur les dégradations – une tactique qui divise, alors que la CGIL, premier syndicat du pays, avait déjà grevé pour Gaza le 19 septembre. 36

Les ombres des affrontements : entre solidarité et dérapages

Si la majorité des rassemblements – à Palerme ou Bologne – se sont déroulés sans incident, les images de Milan, relayées en boucle, risquent de discréditer le mouvement. Des dockers bloquant des cargaisons suspectées d’équipements militaires, des étudiants occupant universités : ces actes radicaux visent à « bloquer tout » en écho au slogan français, mais ils interrogent l’efficacité. Combien de ces disruptions pèsent-elles vraiment sur Tel-Aviv, quand l’Italie n’exporte plus d’armes ?

Mon prisme : une Italie divisée, mais une voix qui porte

Face à ces scènes, une interrogation me taraude : ces grèves, si puissantes en nombre, transforment-elles la colère en levier politique, ou alimentent-elles un narratif de désordre qui profite au pouvoir ? À mes yeux, l’Italie pro-palestinienne – ouvriers, jeunes, catholiques – incarne un sursaut moral face à un gouvernement frileux, mais le risque de récupération est réel. Meloni gagne des points en pointant les « antifa », tandis que la rue perd en crédibilité si les violences éclipsent les appels à la justice. Il faut canaliser cette énergie : pas de haine gratuite, mais une pression ciblée pour forcer Rome à bouger, comme l’ont fait l’Espagne ou l’Irlande. Sans cela, Gaza reste un cri dans le vide.

Échos européens et mondiaux : l’Italie dans le sillage d’une vague solidaire

Ce mouvement italien s’aligne sur une marée continentale : en France, des blocages similaires paralysent ports et raffineries ; en Espagne, la Vuelta 2025 a été perturbée par des sit-in pro-palestiniens, menant à des amendes massives pour les militants. 40 Au Royaume-Uni et au Canada, les reconnaissances récentes de la Palestine boostent ces mobilisations, contrastant avec la prudence italienne. Globalement, c’est un Sud global en écho – du Sénégal plaidant à l’ONU à l’Afrique du Sud traînant Israël devant la CIJ – qui défie l’axe occidental. L’Italie, berceau de résistances ouvrières, pourrait inspirer : imaginez si ces grèves forçaient un embargo européen unifié ? Mais face à des veto américains, le chemin reste semé d’embûches, rappelant que la solidarité sans sanctions reste souvent lettre morte.

L’Italie s’est arrêtée un jour pour Gaza, et ce silence forcé vaut mille discours. Reste à voir si ce battement de cœur collectif ébranlera les couloirs du pouvoir, ou s’il s’éteindra dans les gaz lacrymogènes – un test pour une Europe qui se veut unie, mais divisée par ses silences complices.

Auteur/autrice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *