EDUCATION

Le nouveau visage du MESRI : entre symbole de proximité et attentes concrètes



Le 22 septembre 2025, le Pr. Daouda Ngom, fraîchement installé à la tête du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), a choisi un geste hautement symbolique : aller à la rencontre de ses équipes. Dans les couloirs des directions du ministère, cette visite de “prise de contact” a permis au nouveau ministre de serrer des mains, d’écouter les doléances et de réaffirmer sa volonté de soutenir sans réserve l’ensemble des services. Mais derrière l’image conviviale, une question demeure : cette proximité annoncée suffira-t-elle à répondre aux défis structurels du secteur ?




Une tournée ministérielle aux allures de rite

De la Direction générale de la Recherche et de l’Innovation (DGRI) à la Direction de l’Administration Générale et de l’Équipement (DAGE), en passant par le Secrétariat général, le Pr. Ngom a pris le temps d’échanger avec les agents, directeurs et chefs de service. Ces derniers n’ont pas manqué de rappeler un problème récurrent : les conditions de travail, souvent jugées précaires dans des administrations censées piloter l’avenir de l’enseignement supérieur sénégalais.

Ce type de tournée n’est pas une première. Chaque nouveau ministre, ou presque, s’y prête. Mais la portée réelle de ces visites dépend de ce qui suit : des annonces concrètes ou de simples déclarations de bonne intention ?




Les attentes du personnel : plus qu’un symbole

Les agents du MESRI réclament depuis longtemps une meilleure organisation des moyens matériels, une modernisation de la gestion administrative et une réponse durable à la saturation des infrastructures universitaires. Autant de dossiers sensibles qui nécessitent des décisions politiques fortes.

La promesse du ministre de “soutenir sans réserve” ses équipes sonne comme un engagement. Mais dans un secteur où les réformes s’empilent sans toujours aboutir, la vigilance s’impose. L’enjeu n’est pas seulement de maintenir le cap des activités, mais de transformer la gouvernance de l’enseignement supérieur pour l’aligner sur les ambitions de recherche et d’innovation que le Sénégal affiche depuis une décennie.




Quelle rupture possible ?

En adoptant une posture de proximité, Daouda Ngom cherche manifestement à instaurer un climat de confiance. Mais la rupture ne viendra pas des visites protocolaires : elle doit émerger de politiques concrètes. Une meilleure valorisation des chercheurs, une autonomie réelle des universités, un soutien massif à l’innovation technologique et un investissement soutenu dans les infrastructures sont les véritables leviers du changement.

Le défi sera de passer du symbole à l’action, dans un contexte marqué par la compétition internationale pour attirer talents et financements.




Un regard au-delà des frontières

Le Sénégal n’est pas seul face à ces enjeux. Au Maroc, des réformes ambitieuses ont été lancées pour rapprocher universités et industrie. En Afrique du Sud, les politiques d’innovation technologique sont au cœur de la stratégie nationale de développement. Même des pays comme le Rwanda ont fait de l’enseignement supérieur un pilier de leur attractivité internationale.

Dans cette dynamique, le Sénégal a une carte à jouer, à condition de dépasser la logique administrative pour bâtir un écosystème où chercheurs, étudiants et entreprises marchent main dans la main.




Plus qu’une tournée, un test politique

La visite du ministre restera, pour l’instant, comme un moment de communication politique maîtrisée. Mais elle sera jugée à l’aune de ce qui viendra : des réformes tangibles ou des promesses de plus. Les agents ont ouvert la porte en exprimant leurs attentes. La balle est désormais dans le camp du ministre : transformera-t-il cette proximité affichée en actes structurants capables de faire évoluer durablement l’enseignement supérieur sénégalais ?

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