Et si un conteur pouvait transformer les murmures ancestraux en armes contre l’opacité contemporaine ? Au Sénégal, où les nouvelles lois sur les patrimoines et l’accès à l’information visent à briser les chaînes de la corruption, le Docteur Massamba Guèye émerge comme une figure hybride : gardien des sagesses orales, conseiller au palais, et voix qui porte l’humanisme comme un étendard. Mais ce polymorphe, entre tradition et modernité, risque-t-il de se diluer dans les méandres administratifs, ou deviendra-t-il le catalyseur d’une renaissance culturelle transparente ?
Natif des terres fertiles du Cayor, ce professeur de lettres modernes à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar a bâti sa légende sur une thèse pionnière en 2009-2010, explorant l’oralité comme pilier de l’identité africaine. Dramaturge, poète, scénariste et critique acéré, il a dirigé la Compagnie du Théâtre national Daniel Sorano dès 2013, y insufflant des pièces comme *Sénégalités* qui dissèquent les fractures sociétales. Fondateur de Kër Leyti, la Maison de l’Oralité et du Patrimoine surnommée « La Bouche de l’Afrique » , il coordonne des projets multilingues sur les contes, anime des émissions bilingues sur la RTS et RSI, et forme à l’art oratoire ancestral. Officier de l’Ordre du Mérite et Chevalier de la Légion d’Honneur, il est aussi référent UNESCO pour la Convention 2003 sur le patrimoine immatériel. Depuis 2024, son rôle de Conseiller Technique à la Présidence sous Bassirou Diomaye Faye le place au cœur des réformes : il pilote des initiatives sur l’éducation et la culture, alignées sur les textes adoptés en août 2025, comme la loi 2025-13 qui oblige les hauts fonctionnaires à déclarer leurs biens. Pourtant, des incidents récents, comme l’attaque présumée contre sa maison en juillet 2025, rappellent les ombres qui planent sur ces gardiens de mémoire.
À mes yeux, Massamba Guèye est un pont vivant entre le griot d’hier et l’expert d’aujourd’hui, un humaniste qui refuse l’isolement pour embrasser la générosité comme en témoigne son livre Viatique pour se muscler la tête (2023), un recueil de réflexions qui invite à l’empowerment collectif. Son engagement au Palais, aux côtés de Faye, semble cohérent avec ces lois anti-corruption : il pousse pour une transparence qui libère les récits enfouis, transformant l’accès à l’information en outil pédagogique. Mais je m’interroge : dans un système où les conseillers techniques flirtent souvent avec l’oubli, gardera-t-il son mordant contestataire, ou deviendra-t-il un simple engrenage ? Prise de position franche : il incarne l’urgence d’une intelligentsia engagée, capable de lier oralité et gouvernance pour que les contes ne soient pas relégués au folklore, mais des leviers contre l’enrichissement illicite.
Sur la scène africaine, Docteur fait écho à des figures comme le Nigérian Wole Soyinka, Nobel qui mêle théâtre et activisme politique, ou la Sud-Africaine Zakes Mda, dont les récits oraux défient l’apartheid résiduel. Globalement, avec l’essor des patrimoines immatériels – défendus par l’UNESCO auprès de 180 États , son rôle à Kër Leyti pourrait inspirer des hubs ouest-africains, comme au Mali où les griots numérisent les archives pour contrer la corruption via des apps communautaires. Au Sénégal, aligné sur les ODD, il pourrait exporter ce modèle : une oralité transparente qui, comme la loi 2025-15 sur l’information, rend les récits publics pour guérir les silences collectifs.
Massamba Guèye n’est pas qu’un titre doctoral : c’est une voix qui refuse l’effacement, un conte qui, une fois libéré par les nouvelles lois, pourrait réécrire l’avenir sénégalais, un mot à la fois, pour que l’Afrique ne se taise plus jamais.
- septembre 25, 2025
De l’oralité aux coulisses du pouvoir : Docteur Massamba Guèye, le communiquant moderne bibliothèque l’oralité ?
Article connexe
ACTUALITE
DIASPORA
DIPLOMATIE
INSTITUTIONS
SOCIETE
- janvier 30, 2026

