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Dakar 2025 : l’AMCOW en Assemblée, un rendez-vous crucial pour l’eau africaine

Et si une semaine à Dakar pouvait transformer la soif de millions d’Africains en un plan d’action concret ? Le 29 septembre 2025, la capitale sénégalaise accueillera l’Assemblée générale de l’African Ministers’ Council on Water (AMCOW), un sommet où ministres et experts du continent confronteront les défis hydriques à la résilience promise. Sous la présidence rotative du Sénégal, cet événement n’est pas qu’une formalité : c’est un appel à repenser l’eau comme bouclier contre la pauvreté et le chaos climatique.

Les enjeux immédiats : une Afrique assoiffée de solutions

L’AMCOW, créée en 2002 à Abuja pour coordonner les politiques hydriques africaines, réunit une quarantaine de pays sous l’égide de l’Union africaine. À Dakar, les débats porteront sur la sécurité de l’eau, avec un focus sur l’accès potable, l’assainissement et la gestion durable des ressources. Le Sénégal, qui assume la présidence pour 2025-2027 après l’Égypte, mettra en avant sa Vision 2050, intégrant l’eau comme pilier de la souveraineté alimentaire et énergétique. 20 Des faits glaçants : 400 millions d’Africains manquent d’eau potable, et les inondations ou sécheresses, amplifiées par le réchauffement, menacent 75 % des bassins transfrontaliers. L’agenda inclura des ateliers sur les infrastructures, comme les barrages partagés, et des engagements pour les Objectifs de développement durable (ODD 6), avec un œil sur la Vision africaine de l’eau pour 2025, qui vise une gestion intégrée mais reste inachevée dans la moitié des pays. 23

Contexte tendu et critique : entre avancées et inertie climatique

Depuis sa fondation, l’AMCOW a poussé des déclarations phares, comme celle de Dakar en 2014 appelant à un ODD dédié à l’eau et à l’assainissement. 15 Aujourd’hui, sous présidence sénégalaise, l’assemblée arrive à un moment pivot : l’Afrique, continent le plus vulnérable au changement climatique, voit ses ressources hydriques diminuer de 20 % d’ici 2050 selon l’ONU. Le Sénégal, hôte naturel avec ses fleuves Sénégal et Gambie, illustre les paradoxes : investissements dans le dessalement et les forages coexistent avec des conflits locaux sur l’eau agricole. Critiquement, ces sommets risquent de se limiter à des promesses si les financements ne suivent pas – seulement 5 % des aides climatiques mondiales atterrissent en Afrique. Et les partenariats ? Souvent dominés par des bailleurs étrangers, ils perpétuent une dépendance, alors que l’AMCOW pourrait pousser pour des fonds souverains africains, inspirés du modèle norvégien pour l’énergie.

Les défis concrets : de la sécheresse à la pollution

Sur le terrain, l’urgence frappe : au Sahel, des villages entiers migrent pour l’eau ; en Afrique australe, des barrages comme le GERD éthiopien soulèvent des tensions régionales. L’assemblée de Dakar visera des protocoles pour ces bassins partagés, mais sans sanctions contraignantes, ces accords resteront lettre morte.

Mon regard : une opportunité ratée ou un tournant souverain ?

Observer ce sommet me laisse dubitatif : l’AMCOW a élevé l’eau au rang de priorité continentale, mais ses impacts concrets peinent à irriguer les réalités locales. À mon sens, sous la houlette sénégalaise, il est temps de miser sur l’innovation africaine – technologies low-cost de recyclage, éducation hydrique dans les écoles – plutôt que d’attendre des miettes internationales. Le Sénégal, avec son leadership récent au Conseil mondial de l’eau jusqu’en 2025, pourrait imposer une voix du Sud global, questionnant : pourquoi l’Afrique, gardienne de 30 % des ressources hydriques mondiales, reste-t-elle mendiante ? Sans une prise de position ferme pour des transferts de technologie et des dettes allégées, cette assemblée risque de noyer ses ambitions dans un océan de discours.

Horizons mondiaux : l’Afrique face aux géants de l’eau

Ce rendez-vous s’inscrit dans une toile globale tendue. En Asie, la Chine domine les projets de barrages africains, comme au Congo ; en Europe, l’UE conditionne ses aides à des normes environnementales strictes. Comparé au Rwanda, pionnier en eau potable rurale avec 90 % de couverture, ou au Maroc qui excelle en dessalement, le Sénégal pourrait fédérer un bloc ouest-africain via la CEDEAO. À l’échelle planétaire, l’ONU et la Banque mondiale poussent pour une « sécurité hydrique » inclusive, mais des veto comme ceux sur le climat freinent les avancées. L’Afrique, via l’AMCOW, a une carte à jouer : transformer ses vulnérabilités en leadership, à l’image de l’Afrique du Sud qui arbitre ses ressources malgré les sécheresses.

Dakar n’est pas qu’une ville hôte : c’est un miroir où l’Afrique se regarde en face, une carafe à moitié vide ou pleine. Si l’AMCOW ose verser dans l’action – financements locaux, diplomatie des bassins, innovation citoyenne –, l’eau cessera d’être une malédiction pour devenir le sang d’un continent résilient. Sinon, les gouttes de septembre s’évaporeront avant l’aube.

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