Ce samedi 20 septembre 2025, sous un ciel voilé de Dakar, des pelleteuses grondent et des familles nigériennes plient bagage en urgence. « La mendicité est une infraction sur la voie publique », assène le ministre de l’Intérieur, Me Mouhamadou Bamba Cissé, fraîchement nommé après le remaniement du 6 septembre. À Colobane, au cœur du Parc à Mazout – un terrain vague devenu campement anarchique –, l’ordre fuse : démolition immédiate. Ordre et discipline, promet le ministre. Mais dans la poussière des abris précaires, on se demande : à quel prix cette « libération » des espaces publics ?
## Un Coup de Balai Symbolique, sous les Caméras
L’opération démarre à l’aube, avec Bamba Cissé en première ligne. Accompagné de la Sonaged, de la Direction générale du cadre de vie, de gendarmes et policiers, il supervise la destruction d’une « cité des mendiants » qui squatte un terrain de la SNHLM depuis des années. Principalement nigériens, ces occupants – familles entières, enfants inclus – vivaient dans un dédale d’abris de fortune, au milieu de déchets et d’insalubrité. Vidéos amateurs sur X montrent les bulldozers en action, des pleurs étouffés, et des agents distribuant des kits de base : eau, couvertures, un semblant d’humanité.
C’est la première sortie terrain du ministre, nommé il y a deux semaines pour redresser la sécurité publique. « Nous œuvrerons pour remettre l’ordre et la discipline », martèle-t-il, reprenant le discours ferme du gouvernement Faye contre l’anarchie urbaine. Colobane, quartier ouvrier surpeuplé, est un symbole : marché bondé le jour, campements de fortune la nuit. Les autorités estiment que ces occupations bloquent des projets d’urbanisme, comme un futur centre commercial évoqué depuis 2015. Résultat : une centaine de personnes évacuées, sans heurts majeurs rapportés – pour l’instant.
## Stigmatisation ou Nécessité ? Les Enjeux d’une Opération Chargée
Bamba Cissé se veut clair : pas de chasse aux Nigériens. « L’opération ne vise la stigmatisation de personne », insiste-t-il via Me Bamba Cissé, son porte-parole, qui précise que le site abritait aussi des Sénégalais. Les faits appuient : des vidéos de 2024 montrent déjà des alertes sur l’insalubrité, avec des plaintes de riverains pour hygiène et sécurité. La mendicité organisée, souvent liée à des réseaux transnationaux, est un fléau : l’ONU estime à 10 000 le nombre de mendiants talibés au Sénégal, dont une part venue du Nigeria ou du Niger.
Critiquement, ce déguerpissement soulève des doutes. Sans relogement clair ni aide consulaire immédiate, où iront ces familles ? Des posts sur X évoquent un simple « déplacement du problème » vers d’autres coins de Dakar, comme les Almadies. Et les rumeurs de xénophobie ? Elles circulent, alimentées par des titres comme « cité des mendiants nigériens ». Le gouvernement jure d’éviter cela, mais dans un pays où 20 % des migrants subsahariens transitent par Dakar, ces opérations risquent d’attiser les tensions. Rappelons les échecs passés : en juillet 2024, un déguerpissement au marché Colobane avait viré au chaos, avec 3 000 ambulants ruinés et des promesses de Sonko vite oubliées.
## Mon Regard : Ordre ou Expulsion Masquée ?
En assistant virtuellement à ce spectacle via les lives X, je ressens un malaise palpable. Bamba Cissé, avocat chevronné passé ministre, incarne une fermeté bienvenue contre l’anarchie – Dakar étouffe sous ses déchets et ses squats. Mais démolir sans filet social, c’est comme soigner un symptôme en aggravant la maladie. Personnellement, je questionne : et si on priorisait l’intégration ? Des centres de formation pour ces migrants, des partenariats avec le Niger pour rapatriements dignes. Sans cela, ces « râles d’ordre » sonnent creux, risquant de transformer une opération hygiénique en drame humanitaire. Le ministre promet des suites ; à lui de prouver que la discipline rime avec compassion.
## Échos Régionaux : Un Fléau Partagé en Afrique de l’Ouest
Ce bras de fer n’est pas l’apanage du Sénégal. Au Bénin, une opération similaire à Godomey en septembre 2025 a dégénéré en affrontements, avec blessés et interpellations – un rappel brutal que forcer sans dialoguer mène au clash. Au Nigeria, Lagos lutte contre des bidonvilles comme Makoko, démolis en 2024 au nom de l’urbanisme, mais avec des ONG comme Amnesty qui crient à l’expulsion forcée. À l’échelle CEDEAO, ces flux migratoires – fuyant sécheresses et conflits au Sahel – exigent une réponse collective : quotas d’accueil, aide au développement. Le Sénégal, porte d’entrée ouest-africaine, pourrait leader, mais seulement si ses déguerpissements deviennent des ponts, pas des murs.
Dans la fumée des décombres de Colobane, l’ordre renaît – mais pour qui ? Si Bamba Cissé transforme cette opération en modèle inclusif, le Sénégal pourrait inspirer. Sinon, ces abris rasés ne seront que les fondations d’une colère future, enterrée sous la discipline.
- septembre 20, 2025

