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AIR SÉNÉGAL PEUT-ELLE S’OFFRIR NEUF BOEING ?

La compagnie nationale n’a signé qu’une simple lettre d’intention avec le constructeur américain, sans engagement ferme. Avec 100 milliards de F CFA de dettes et le FMI aux aguets, le pavillon sénégalais joue sa survie sur un bluff audacieux

(SenePlus) – L’annonce a fait grand bruit à Dakar : Air Sénégal s’apprêterait à acquérir neuf Boeing 737 MAX 8 pour étoffer sa flotte. Pourtant, derrière l’effet d’annonce et l’enthousiasme officiel, la réalité contractuelle est bien plus nuancée. Entre ambitions stratégiques et comptes dans le rouge, la compagnie nationale joue sa survie sur un pari risqué.

Si la nouvelle a été présentée comme une acquisition ferme, les faits rapportés par Salimata Koné dans Jeune Afrique le 20 novembre tempèrent l’euphorie. En réalité, le pavillon sénégalais n’a signé qu’une « lettre d’intention (LOI) » et non un contrat définitif.

La distinction est cruciale. Comme le souligne un expert du secteur cité dans l’article, la LOI est un document « préliminaire, non contraignant », une simple déclaration de volonté. À ce stade, « Air Sénégal peut tout se permettre », précise-t-il, contrairement à un contrat formel qui verrouillerait prix et livraisons. Cette nuance juridique offre une porte de sortie à une compagnie dont les finances sont exsangues, tout en permettant d’afficher une dynamique de croissance.

Pour la direction, ce choix n’est pas anodin. Tidiane Ndiaye, directeur général de la compagnie, justifie cette orientation par une nécessité opérationnelle absolue : réduire la facture de carburant. « L’efficacité énergétique du 737 MAX est […] un atout majeur », confie-t-il. L’objectif est double : atteindre une taille critique pour peser sur le continent et sortir du modèle coûteux de la location avec équipage (ACMI) pour constituer une flotte en propre.

Mais comment financer une telle flotte quand les caisses sont vides ? C’est là que le bât blesse. Avec une dette colossale estimée à 100 milliards de F CFA (environ 152 millions d’euros), Air Sénégal est, selon les termes de l’article, « sous perfusion étatique ».

Le prix catalogue des appareils (121 millions de dollars l’unité) est certes théorique – les spécialistes évoquent un prix réel entre 55 et 60 millions de dollars – mais l’équation reste complexe. L’État sénégalais, unique actionnaire, a bien inscrit l’achat de deux avions au budget 2026, mais il devra composer avec la surveillance étroite du FMI. Comme l’avertit un économiste : l’institution pourrait « recommander des mesures d’austérité […] et par ricochet fermer le robinet financier ».

Au-delà de l’aspect industriel, le dossier est éminemment politique. Le tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko multiplie les initiatives pour sauver le soldat Air Sénégal, entre audits financiers et réinjections de fonds (15 milliards de F CFA débloqués récemment).

Pour l’heure, la compagnie tente de maintenir le cap grâce à des partenariats stratégiques (Royal Air Maroc, Asky) qui étendent son réseau, tout en naviguant dans des zones de turbulence, comme en témoigne la polémique sur la sous-traitance de ses pilotes à la rivale Air Côte d’Ivoire rapportée par Jeune Afrique.

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