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AIBD-LAS : L’heure de vérité pour un modèle à bout de souffle

La décision du Conseil d’Administration de AIBD SA de commanditer un audit général de la concession Limak-Aibd-Summa (LAS) résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel serein de Diass. Plus qu’une simple procédure administrative, cette initiative dessine une fin de l’état de grâce pour un modèle de gestion hybride qui, après huit années d’exploitation, montre aujourd’hui ses limites structurelles et stratégiques. Au cœur de ce dossier brûlant se joue l’avenir de la souveraineté aéroportuaire du Sénégal et la viabilité économique de ses ambitions régionales.

Le constat est sans appel : l’architecture actuelle, bâtie sur une cohabitation complexe entre une entité publique patrimoniale, AIBD SA, et un opérateur privé majoritairement turc, LAS, a atteint un point de révision pour ne pas dire de rupture. Si le consortium a indéniablement réussi le pari de la construction et du transfert initial, la phase d’exploitation révèle désormais des fractures profondes.

D’un côté, l’État sénégalais, pressé par l’urgence de développer les aéroports secondaires pour désenclaver l’intérieur du pays, se heurte à la logique comptable implacable d’un concessionnaire focalisé sur la rentabilité immédiate du hub de Diass. De l’autre, les compagnies aériennes et les usagers subissent une politique tarifaire parmi les plus élevées de la sous-région, freinant paradoxalement l’essor du trafic que l’infrastructure était censée catalyser.

L’audit annoncé devra impérativement lever le voile sur la réalité opérationnelle de la gestion turque, souvent perçue comme une citadelle imprenable. Au-delà des ratios financiers, c’est le climat social et le transfert de compétences qui interpellent. Des voix s’élèvent en interne pour dénoncer un management vertical, parfois rugueux, où l’adaptation au contexte local et au code du travail sénégalais semble céder le pas aux impératifs de productivité.

La promesse initiale d’une « sénégalisation » progressive des postes de direction tarde à se concrétiser, laissant perdurer une dépendance technique qui n’a plus lieu d’être après près d’une décennie d’activité. Le Sénégal ne peut se contenter d’être un simple bailleur de terrain ; il doit s’assurer que l’expertise est réellement transmise et que ses cadres ne sont pas cantonnés à des rôles de figuration.

Il ne s’agit nullement de céder aux sirènes d’un nationalisme étroit qui prônerait une rupture brutale avec Ankara, partenaire stratégique de premier plan. La coopération sénégalo-turque a prouvé sa valeur dans le BTP et les infrastructures. Cependant, la gestion aéroportuaire requiert une finesse et une vision de service public que le modèle BOT (Build-Operate-Transfer) actuel peine à garantir.

L’heure est donc au rééquilibrage, pas au divorce. Cet audit doit servir de levier pour renégocier un pacte d’actionnaires plus équitable, instaurant une transparence totale sur les revenus extra-aéronautiques et garantissant un dialogue social apaisé. Si le Sénégal veut réellement devenir le hub aérien de l’Afrique de l’Ouest, il doit reprendre la main sur la stratégie, tout en exigeant de son partenaire privé  des engagements dans l’esprit d’un partenariat gagnant-gagnant.

Les autorités ont désormais les cartes en main ; à elles de transformer cet audit technique en un véritable acte de refondation politique et industrielle.

Alioune NDIAYE

Auteur/autrice

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