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À Bissau, l’étrange coup d’État

Plus de vingt-quatre heures après le putsch qui a renversé Umaro Sissoco Embaló, la confusion règne dans la capitale. Pendant que l’opposition dénonce une manœuvre de l’ex- président, les partenaires étrangers demeurent dans l’expectative.

Les partisans de Fernando Dias da Costa, le chef du Partido da Renovação Social (PRS), et ceux de son principal allié, l’ex-premier ministre et patron du Partido africano para a independência da Guiné e Cabo verde (PAIGC), Domingos Simões Pereira, en sont de plus en plus persuadés : le coup d’État survenu ce 26 novembre serait un énième subterfuge du désormais ex- président Umaro Sissoco Embaló pour conserver une certaine mainmise, bien qu’indirecte, sur le pouvoir. La manœuvre enterrerait ainsi un double scrutin présidentiel et législatif que le camp d’opposition était supposément sur le point de remporter.

Domingos Simões Pereira a été interpellé quelques heures après qu’Umaro Sissoco Embaló a annoncé à plusieurs organes de presse son arrestation par des « hommes en uniforme », alors que la localisation de Fernando Dias da Costa demeure incertaine. De leur côté, les cadres du PRS et du PAIGC s’interrogent quant aux réelles motivations des putschistes.

Ils s’étonnent notamment de la proximité de certains d’entre eux avec le chef de l’État destitué, à l’instar du leader de la junte tout juste proclamé président de la transition pour une durée d’un an, le général Horta N’Tam, et de son porte-parole, le général Denis N’Canha. Umaro Sissoco Embaló avait promu ce dernier, neveu de Biague Na Ntan, chef d’état-major des forces armées, également arrêté hier, à la tête de la maison militaire de la présidence en 2021. Alors colonel, Denis N’Canha avait été simultanément promu au grade de général.

Acte de diversion

À Bissau, l’ensemble de ces hauts gradés a été aperçu allant et venant dans l’enceinte du palais présidentiel dans les jours ayant précédé le coup d’État. Ce qui, aux yeux de certains observateurs, alimente la thèse d’une éventuelle préméditation du putsch avec l’assentiment d’Umaro Sissoco Embaló, qui a pu conserver toute sa capacité à communiquer dans les heures suivant son renversement.

Peu avant le coup d’État, le désormais ex-président avait tenté de rassurer une partie de ses opposants quant à sa volonté de respecter le résultat du scrutin. Il s’était notamment montré conciliant en échangeant avec l’ancien président José Mário Vaz (2014-2020), qui figurait également parmi les candidats à l’élection. Mais, aujourd’hui, les soutiens de ce dernier voient en ce geste un acte de diversion orchestré par Umaro Sissoco Embaló pour camoufler ses réelles intentions.

Bien que loin d’être vérifié à ce stade, le narratif de l’opposition est pris au sérieux par les chancelleries occidentales, qui s’efforcent encore d’affiner leur analyse de la situation. Des hiérarques du Quai d’Orsay ont ainsi échangé avec des soutiens de Domingos Simões Pereira le 26 novembre, afin de les sonder sur le déroulé des événements. Forte de ses liens historiques avec le pays, la diplomatie portugaise est également mobilisée, appelant tout récemment à la reprise du processus électoral.

De son côté, l’ex-président Umaro Sissoco Embaló préparerait sa sortie du territoire bissau-guinéen. Selon le média Jeune Afrique, une médiation menée par Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), serait en cours pour l’exfiltrer vers le Sénégal.

Source AfricaIntelligence

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