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Thiaroye 1944 : Le Livre Blanc Remis à Faye, un Pas Vers la Vérité – Mais la France Traîne les Pieds

Ce 16 octobre 2025, au Palais de la République, un document solennel change de mains : le Livre blanc sur le massacre de Thiaroye, fruit de mois de fouilles et de débats, est officiellement tendu au président Bassirou Diomaye Faye. Symbole d’une nation qui refuse l’oubli, cette remise – entourée d’historiens, de familles de victimes et d’un Premier ministre ému – ravive un traumatisme colonial. Mais derrière les discours vibrants, une ombre : la coopération française, promise mais parcimonieuse. L’Afrique écrit son histoire ; Paris lit-il encore ?

Les Faits : Une Remise Chargée d’Émotions et d’Engagements

L’événement, prévu à 16h30, réunit le Comité de commémoration du massacre de Thiaroye, présidé par l’historien Mamadou Diouf, et des chercheurs sénégalais. Ousmane Sonko, Premier ministre, remet le volume au chef de l’État, qui le qualifie d' »étape décisive dans la réhabilitation de la vérité historique ». 11 Ce Livre blanc, retardé depuis avril 2024, compile archives locales, témoignages oraux et analyses pour éclairer la tuerie du 1er décembre 1944 : des milliers de tirailleurs sénégalais, rapatriés d’Europe après avoir libéré la France, massacrés pour avoir réclamé leurs soldes impayées.

Faye annonce des suites concrètes : poursuite des fouilles archéologiques sur les sites suspects de fosses communes, et une collaboration accrue avec les historiens pour « interroger notre passé avec courage ». 13 La cérémonie, retransmise en direct, suit de près le Forum national du livre et de la lecture, comme si Dakar tissait mémoire et culture en un seul fil. Macron avait reconnu le « massacre » en novembre 2024, à la veille du 80e anniversaire – un geste salué, mais jugé insuffisant par Dakar.

Décryptage : Un Outil pour la Mémoire Collective, Mais des Lacunes Persistantes

Rappelons le contexte : Thiaroye n’est pas qu’un épisode sanglant – c’est le revers brutal de la Seconde Guerre, où 35 000 tirailleurs africains, héros oubliés, exigent un juste retour. Officiellement, 70 morts ; les estimations sénégalaises grimpent à 400, voire plus. Le Livre blanc, nourri par des recherches locales, vise à combler les trous : bilans précis, responsabilités françaises, et impact sur l’indépendance naissante du Sénégal.

Analysons : cette remise s’inscrit dans une vague mémorielle sous Faye, élu sur une rupture anticoloniale. Elle booste la souveraineté historique – pas de dépendance aux archives de l’Hexagone, souvent verrouillées. Pourtant, le document souligne un bilan flou, faute de documents complets de Paris. Hollande avait promis les archives en 2014 ; Macron les a partiellement livrées en 2024. Résultat : une « amertume » palpable, comme l’exprime Faye, qui regrette une coopération « pas toujours à la hauteur ». 12 C’est un pas en avant, mais boiteux : sans archives exhaustives, la vérité reste à moitié enterrée.

Une Victoire Symbolique, Mais un Défi Politique

Franchement, chapeau à Faye pour ce moment fort recevoir ce Livre blanc en public, c’est affirmer que l’Afrique ne mendie plus sa mémoire. Personnellement, j’y vois un coup de maître : il transforme un trauma en levier unificateur, honorant les « héros » tout en piquant Paris sans rompre les liens. Mais soyons critiques : est-ce assez ? Les fouilles promises sont cruciales, mais sans budget massif ou pression diplomatique accrue, elles risquent de creuser dans le vide. Et si la France traîne, c’est peut-être parce que Thiaroye expose les fissures de son récit gaulliste des « morts pour la France » devenus « morts par la France ».

Engagé mais lucide : ce document n’est pas une fin, mais un début. Il appelle à une éducation nationale qui intègre Thiaroye aux manuels, loin des silences officiels. Sans cela, on perpétue l’oubli, et les fantômes des tirailleurs hanteront encore nos débats identitaires.

Échos Mondiaux : L’Afrique Réclame Sa Part d’Histoire

Thiaroye n’est pas isolé. En Algérie, le Livre blanc sur la torture pendant la guerre d’indépendance (2023) a forcé Macron à des excuses partielles. Au Rwanda, les archives coloniales belges, déclassifiées en 2024, alimentent des procès pour génocide. Globalement, c’est une marée montante : l’Afrique du Sud avec son Truth and Reconciliation Commission post-apartheid, ou le Maroc qui exhume les « années de plomb » espagnoles. Ces initiatives rappellent un pattern : les ex-colonisés exigent non pas la vengeance, mais les faits un modèle que le Sénégal pourrait exporter via l’UA, pour un « fonds mémoriel » panafricain. La France, sous pression européenne, pourrait inspirer l’Allemagne et ses réparations namibiennes. Mais sans urgence, ces gestes virent au théâtre diplomatique.

Le Clap de Fin : Faye, Fais Briller Cette Lumière

Le Livre blanc de Thiaroye n’est pas qu’un volume relié c’est une torche allumée sur un passé enfoui. Faye l’a reçue ; à lui de la brandir pour des fouilles exhaustives et une mémoire vivante. La France écoutera-t-elle, ou continuera-t-elle à doser ses archives ? Sénégal, avance : ta dignité n’attend plus. Car comme l’a dit Faye, « la mémoire libère et unit ». Que cette unité nous porte pierre après pierre, jusqu’à la pleine vérité.

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