Et si le poumon économique du Sénégal, censé propulser le pays vers les sommets, s’essoufflait en silence sous des tôles rouillées et des eaux croupies ? En ce début septembre 2025, alors que le gouvernement Faye brandit des lois anti-corruption comme des phares dans la nuit, le Port Autonome de Dakar (PAD) fait les gros titres : un prétendu saut de 19,6 milliards FCFA au deuxième trimestre, clamé par son DG, contre des stats ANSD qui peignent un tableau bien plus terne. Entre discours triomphalistes et réalités crasseuses, ce hub vital pour 80 % du commerce sénégalais navigue-t-il vers l’excellence ou vers le naufrage ?
Les faits, d’abord, sans filtre. Le DG du PAD, dans un rapport interne du T2 2025 (avril-juin), fanfaronne d’un chiffre d’affaires net grimpant à 42,11 milliards pour le semestre, soit +16 % sur 2024, avec un pic de 19,6 milliards rien qu’en avril-mai. Mais creusez du côté de l’Agence nationale de la statistique (ANSD), et le tableau s’assombrit : exportations stables à 469,9 milliards en avril, puis en léger repli à 469,7 en mai, avant une chute probable en juin (estimée à 431,9 milliards en juillet, tendance persistante). Importations ? 518,8 milliards en avril, pic à 557,4 en mai, mais dégringolade à 544,9 en juin, confirmant un recul de 10,1 % sur le mois. Résultat : un déficit commercial qui s’étrécit mollement (-87,7 milliards en mai), mais sans l’embellie promise. Pire, le site web du PAD, vitrine censée briller de transparence, reste muet depuis 2022 : pas un rapport trimestriel en vue, malgré les obligations légales. Sur le terrain, c’est le chaos : au Môle 2, les quais désertés hurlent la baisse des arrivages ; au Môle 8, l’entrée des douanes vire au Far West avec des rumeurs d’arnaques et d’insécurité ; au Môle 4, des flaques stagnantes fomentent maladies et moustiques, un scandale hygiénique dans un port qui traite 25 millions de tonnes annuelles. Quant au juteux contrat avec DP World, signé en 2007 pour 25 ans et étendu via une JV en 2022 pour le terminal conteneurs, il charrie des clauses explosives : besoin d’accord préalable des Émiratis pour que les douanes sénégalaises fouillent les zones sous leur giron, un verrou qui sent la souveraineté bradée et alimente les soupçons de néocolonialisme économique.
À mes yeux, cette opacité n’est pas un bug, c’est un feature du système : le DG vend du rêve pour masquer un port qui coule sous les dettes (1,2 milliard FCFA de passifs en 2024) et les critiques, comme ces posts viraux sur X dénonçant des « containers fantômes » et des pots-de-vin quotidiens. Ces lois d’août 2025 – déclaration patrimoniale pour les boss du PAD, et accès forcé aux infos via la CONAI – devraient être un électrochoc, obligeant audits et publications en ligne sous 48 heures. Mais si le site reste vide, c’est un camouflet pour Faye : est-ce de la négligence, ou un sabotage discret de l’ancien régime Sall, qui avait verrouillé ces mêmes textes ? Je penche pour un mélange des deux, avec une question qui gratte : pourquoi ce bond chiffré ne colle-t-il pas aux flux réels ? Sans enquête OFNAC immédiate, on risque de voir le port, pilier du PIB (12 % via les douanes), virer à la coquille vide, enrichissant quelques-uns au détriment de tous.
Ailleurs en Afrique, le tableau est contrasté : Abidjan, géré par un consortium Bolloré-APM, a vu son trafic bondir de 15 % en T2 2025 grâce à une numérisation totale des déclarations, évitant les clauses intrusives comme celles de DP World. Au Nigeria, Lagos patine avec des ports surchargés et des grèves douanières, mais une loi info de 2024 a forcé la publication mensuelle des rapports, boostant la confiance des investisseurs. Globalement, l’OCDE alerte sur 40 milliards USD perdus annuellement en Afrique via la corruption portuaire ; le Sénégal, avec ses nouvelles armes légales alignées sur l’UA, pourrait inverser la tendance, en inspirant une transparence régionale via des partenariats comme avec la BOAD, qui finance déjà 25 milliards pour moderniser Dakar.
Le PAD n’est pas qu’un quai délabré : c’est le test de feu pour un Sénégal qui rêve de souveraineté, où chaque conteneur non déclaré pourrait couler un peu plus la promesse d’une gouvernance sans fard – et où l’OFNAC, enfin armé, doit frapper fort pour que les chiffres ne restent pas des fantômes dans la machine.
- septembre 25, 2025
Port de Dakar : bond financier ou mirage dans la brume des chiffres opaques ?
Article connexe
ACTUALITE
DIASPORA
DIPLOMATIE
INSTITUTIONS
SOCIETE
- janvier 30, 2026

