Et si un simple contrôle routier transformait les artères de Dakar en zones de non-droit pour les motards imprudents ? Ce 23 septembre 2025, l’Agence nationale de sécurité routière (ANASER), aux côtés de la police et de la gendarmerie, a lancé une opération musclée qui a vu des centaines de motos interceptées dans la capitale, un coup d’éclat contre l’insécurité qui tue sur les routes sénégalaises.
L’assaut des autorités : chiffres et cibles d’une traque impitoyable
Dès l’aube, les barrages se sont multipliés aux carrefours stratégiques – rond-point de la RTS, Plateau, Colobane –, piégeant les conducteurs de deux-roues en infraction flagrante. Sur 217 motos vérifiées dans quatre sites pilotes, 96 roulaient sans casque, soit près de 44 % des cas, un taux alarmant qui reflète l’ampleur du fléau.L’ANASER, dirigée par Atoumane Sy, n’a pas lésiné : amendes de 6 000 FCFA immédiates pour non-port de casque, et saisie pure et simple pour les récidivistes ou les véhicules non conformes. Au total, des centaines d’engins ont été immobilisés, avec des remorquages en cascade qui ont paralysé des quartiers entiers. Cette vague d’interventions s’inscrit dans une série d’opérations nationales, mais Dakar, avec son trafic infernal, en fait les frais en premier.
Racines du chaos : un cocktail explosif de négligence et de fatalisme
L’insécurité routière au Sénégal n’est pas un accident : c’est une épidémie. Les motos, reines des livraisons et des trajets urbains, sont impliquées dans 38 % des accidents mortels, souvent pour un casque oublié ou une vitesse excessive.Le lieutenant Mamadou Ndour, chef de la section circulation à Dakar, martèle l’évidence : « Le casque n’est pas une option, c’est une obligation légale. » Pourtant, dans une ville où 70 % des ménages dépendent de ces bécanes pour survivre économiquement, la sensibilisation bute sur la précarité. Critiquement, ces opérations révèlent un État qui réagit par la coercition plutôt que par l’éducation : où sont les campagnes massives dans les marchés ou les mosquées ? Et les importateurs de casques low-cost, pourquoi ne pas les subventionner pour casser les prix ? Sans cela, ces saisies risquent de gonfler le marché noir des amendes et d’alimenter un ressentiment contre les forces de l’ordre.
Les stigmates humains : au-delà des chiffres, des vies brisées
Chaque moto saisie cache une histoire : un livreur qui perd sa journée de pain, une famille qui attend son dîner. Mais l’envers du décor est plus sombre – traumatismes crâniens, paralysies, orphelins. L’ANASER le dit sans fard : sans casque, une simple chute vire au drame. Cette opération, si elle sauve des vies à long terme, interroge l’équilibre : punir ou prévenir ? Les autorités promettent des suites nationales, mais sans budget dédié, ce sera du bricolage.
Une fermeté bienvenue, mais un virage préventif urgent
Face à cette rafle, je ne peux m’empêcher de saluer le cran de l’ANASER – enfin une réponse tangible à un fléau qui emporte 1 000 vies par an au Sénégal. Mais à mon sens, la vraie victoire ne viendra pas des menottes, mais d’une révolution culturelle : intégrer la sécurité routière dans les écoles, taxer les importateurs négligents, et impliquer les motards dans des comités locaux. Sans cela, on soigne les symptômes d’une maladie structurelle, où la pauvreté accélère les risques. Faye, avec sa vision souverainiste, a l’occasion de faire de la route un symbole de progrès, pas de deuil.
## Échelles comparées : le Sénégal face aux routes meurtrières d’Afrique
Cette offensive dakarois n’est pas solitaire. Au Nigeria, Lagos a vu des milliers de motos confisquées en 2024 pour les mêmes raisons, avec une baisse de 15 % des accidents urbains.Au Maroc, des campagnes high-tech avec drones et apps de signalement ont divisé par deux les infractions. Globalement, l’Afrique de l’Ouest, avec son boom des deux-roues, partage ce cauchemar : 25 % des morts routiers mondiaux pour 4 % de la flotte automobile. Le Sénégal pourrait s’inspirer du Rwanda, où une formation obligatoire aux permis a transformé les axes en modèles de discipline. Mais sans harmonisation régionale via la CEDEAO, ces efforts resteront des îlots dans un océan de vulnérabilité.
Les rues de Dakar, vidées de leurs motards rebelles, respirent un air plus sûr ce soir. Mais demain, sans un filet de prévention, le chaos reviendra galoper. L’ANASER a allumé la mèche ; à la nation de l’embraser en flamme protectrice, avant que les routes ne deviennent des cimetières sur roues.

