Sénégal : la désillusion Sonko, un miroir brisé de la démocratie ?

Quand les masques de la révolution tombent, que reste-t-il ? Au Sénégal, l’ascension d’Ousmane Sonko, portée par un souffle de changement, s’effrite sous le poids d’une réalité troublante : les promesses de transparence et de rupture se noient dans des pratiques qui rappellent étrangement les dérives du passé. Le président Bassirou Diomaye Faye, porté au pouvoir en 2024 par l’élan de Sonko, se retrouve au cœur d’un paradoxe où l’espoir d’hier semble céder la place à une nouvelle forme d’arbitraire

Les faits : de l’espoir révolutionnaire à l’ombre des vieilles pratiques

Ousmane Sonko, leader du Pastef, a galvanisé une jeunesse sénégalaise en quête de justice sociale, dénonçant les caisses noires, le clientélisme et les dérives autoritaires de l’ère Macky Sall (2012-2024). Son discours anti-establishment, amplifié par une rhétorique souverainiste, a fait de lui une figure incontournable, forçant Sall dans des retranchements qui ont précipité sa chute. Pourtant, depuis l’arrivée au pouvoir de son protégé Faye, les critiques fusent. Des nominations jugées clientélistes, des pressions sur la presse indépendante et des purges dans l’administration rappellent les méthodes que Sonko vilipendait. Par exemple, des enquêtes récentes pointent des contrats opaques attribués à des proches du pouvoir, tandis que des opposants dénoncent une justice sélective visant à neutraliser toute dissidence.<grok:render type= »render_inline_citation »><argument name= »citation_id »>3</argument></grok:render> Le tableau est loin de l’idéal prôné en 2021, lorsque Sonko promettait une gouvernance irréprochable.

Contexte et analyse : un cycle politique qui se répète ?

Le Sénégal, pilier démocratique en Afrique de l’Ouest, a toujours oscillé entre espoirs de renouveau et désillusions. Macky Sall, malgré ses réformes économiques, a été critiqué pour son autoritarisme croissant, notamment lors des manifestations de 2021-2023, où Sonko a émergé comme le héraut de la contestation. Mais ce dernier, en accédant au pouvoir via Faye, semble reproduire un schéma familier : l’utilisation des leviers étatiques pour consolider une base, au détriment des idéaux initiaux. Cette dynamique n’est pas nouvelle. Déjà sous Abdoulaye Wade (2000-2012), des promesses de rupture avaient cédé à des pratiques claniques. Ce qui choque aujourd’hui, c’est l’hypocrisie : ceux qui criaient à la dictature hier semblent désormais à l’aise avec des méthodes qu’ils condamnaient. Les récents rapports d’organisations comme Transparency International notent une stagnation dans la lutte contre la corruption, malgré les discours enflammés du nouveau régime.

Les zones d’ombre : une clique organisée ?

L’accusation d’une “clique organisée” autour de Sonko, évoquée dans les cercles d’opposition, mérite un regard critique. Des figures clés du Pastef occupent désormais des postes stratégiques, souvent sans expérience préalable, ce qui alimente les soupçons de népotisme. Les réseaux sociaux, jadis arme de Sonko pour mobiliser, servent aujourd’hui à intimider les critiques, avec des campagnes orchestrées visant journalistes et activistes.<grok:render type= »render_inline_citation »><argument name= »citation_id »>14</argument></grok:render> Cette dérive, si elle se confirme, trahit non seulement les électeurs, mais aussi l’élan populaire qui a porté ce mouvement. Le risque ? Une fracture sociale accrue dans un pays où 60 % de la population a moins de 25 ans et attend des résultats concrets, pas des slogans.

Mon regard : l’urgence de reprendre le contrôle démocratique

Face à ce tableau, une question me hante : comment un mouvement porté par la jeunesse et la soif de justice peut-il si vite s’enliser dans les mêmes ornières qu’il dénonçait ? À mon sens, le Sénégal ne doit pas céder à la résignation. Si Sonko et son entourage ont su capter un désir de changement, ils ne sont pas propriétaires de la démocratie sénégalaise. La réponse ne peut être ni la vengeance ni la surenchère, mais une mobilisation lucide et républicaine. Les urnes, la vigilance citoyenne et l’organisation collective sont les armes d’un peuple qui refuse l’arbitraire. Les prochaines élections législatives, prévues en 2027, seront un test décisif : il s’agit de sanctionner les dérives non par la colère, mais par la puissance du vote et des idées.

Regards croisés : le Sénégal face aux mirages du populisme mondial

Ce phénomène n’est pas unique au Sénégal. Partout, des leaders populistes, de l’Inde à l’Amérique latine, surfent sur la colère populaire pour accéder au pouvoir, avant de trahir leurs promesses par des pratiques autoritaires ou clientélistes. Jair Bolsonaro au Brésil ou Narendra Modi en Inde ont, à des degrés divers, suivi ce schéma, utilisant un discours anti-élite pour asseoir un pouvoir personnel. En Afrique, le parallèle avec le Zimbabwe de Mugabe, où un héros de l’indépendance s’est mué en autocrate, est frappant. Le Sénégal, avec sa tradition démocratique, a l’opportunité de briser ce cycle. Des pays comme le Botswana, où des transitions pacifiques et une gouvernance stable ont prévalu, montrent qu’une autre voie est possible.

Le Sénégal n’appartient ni à Sonko, ni à Faye, ni à leurs détracteurs. Il appartient à ceux qui, par leur vote et leur vigilance, refusent que l’espoir soit confisqué. L’histoire démocratique du pays n’est pas finie : elle s’écrit dans la rue, dans les urnes, et dans le courage de ne jamais baisser les bras.

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