INTERNATIONALE

Décrypter la Mafia : Les ramifications au cœur de la lutte antimafia

La phrase de Giovanni Melillo, procureur italien à la tête de la Direction nationale antimafia (DNAA), résonne comme un cri de ralliement dans la lutte contre le crime organisé : « Pour mieux cerner une mafia, il faut maîtriser ses ramifications. » Prononcée dans un contexte où les organisations criminelles prospèrent grâce à leur complexité et leur adaptabilité, cette déclaration souligne l’importance d’une approche stratégique et multidimensionnelle.

En effet, les mafias modernes ne se contentent plus de contrôler des territoires physiques ; elles infiltrent les économies, les institutions et même les réseaux numériques, rendant leur démantèlement particulièrement ardu. Melillo, fort de son expérience, met en lumière une vérité essentielle : la mafia n’est pas une entité monolithique, mais un réseau tentaculaire qu’il faut décortiquer méthodiquement.

Les ramifications d’une mafia, comme celles de la ‘Ndrangheta ou de Cosa Nostra, s’étendent bien au-delà des activités traditionnelles comme le trafic de drogue ou l’extorsion. Elles investissent dans des secteurs légaux, tels que l’immobilier, la finance ou les énergies renouvelables, pour blanchir leurs profits et gagner en respectabilité. Cette diversification complique la tâche des autorités, car elle brouille les frontières entre activités légales et illégales. Maîtriser ces ramifications, comme le suggère Melillo, nécessite une connaissance approfondie des flux financiers, des connexions internationales et des complicités locales. Les enquêtes doivent ainsi s’appuyer sur des outils comme l’analyse des données bancaires, la coopération transnationale et une surveillance accrue des secteurs économiques vulnérables.

Un aspect souvent négligé des ramifications mafieuses est leur emprise sociale et culturelle. Les mafias prospèrent là où elles parviennent à s’intégrer dans le tissu communautaire, exploitant la pauvreté, le chômage ou le manque de confiance envers les institutions. En Calabre, par exemple, la ‘Ndrangheta offre parfois des emplois ou des services là où l’État est absent, gagnant ainsi la loyauté de certaines populations. Melillo, en insistant sur la maîtrise des ramifications, invite à ne pas se limiter à des arrestations spectaculaires, mais à s’attaquer aux racines socio-économiques qui permettent à ces organisations de perdurer. Cela implique des politiques publiques audacieuses, comme l’éducation, le développement économique et la restauration de la confiance dans les institutions.

La révolution numérique a également ajouté une nouvelle dimension aux ramifications mafieuses. Les organisations criminelles exploitent désormais les cryptomonnaies, les plateformes en ligne et même les réseaux sociaux pour coordonner leurs activités ou recruter. Cette mutation exige des forces de l’ordre une expertise technologique pointue, capable de traquer des transactions anonymisées ou d’infiltrer des réseaux virtuels. L’approche prônée par Melillo met en avant l’importance d’une collaboration entre procureurs, analystes financiers et experts en cybersécurité pour cartographier ces nouveaux circuits criminels. Sans cette compréhension globale, les mafias continueront d’exploiter les failles d’un monde hyperconnecté.

Les mots de Giovanni Melillo ne sont pas qu’une leçon pour les procureurs ; ils sont un appel à une mobilisation collective. Combattre la mafia, c’est comprendre qu’elle est un système vivant, adaptable et profondément enraciné. En maîtrisant ses ramifications, on ne se contente pas de couper une tête, mais on affaiblit l’ensemble du réseau. Cela demande du temps, des ressources et une volonté politique sans faille. Alors que les mafias continuent d’évoluer, la société doit elle aussi s’adapter, en renforçant ses institutions, en éduquant ses citoyens et en restant vigilante face à des tentacules qui s’étendent bien au-delà des frontières visibles.

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