Le 30 septembre 2026, l’ancien champion de boxe italo-sénégalais Mouhamed Ali Ndiaye présentera à Rome la nouvelle édition de son récit autobiographique, écrit avec Rita Coruzzi. Derrière l’histoire d’un homme parti de Pikine pour conquérir les rings italiens et européens se dessine désormais une autre trajectoire : celle d’un trait d’union possible entre le Sénégal et l’Italie. La présence annoncée de l’ambassadeur du Sénégal en Italie, Ngor Ndiaye, donne à cette rencontre une portée qui dépasse largement le cadre littéraire.
Il y a des livres que l’on réédite parce qu’ils ont trouvé leurs lecteurs. Et il y en a d’autres que le temps oblige presque à réécrire parce que la vie de leur personnage principal a continué après la dernière page.
« Mi chiamo Mouhamed Alì » appartient désormais à cette seconde catégorie.
Publié une première fois en 2019 chez Piemme, le récit de Mouhamed Ali Ndiaye, écrit avec la journaliste et écrivaine italienne Rita Coruzzi, revient en 2026 dans une nouvelle édition chez Another Coffee Stories. La première édition comptait 224 pages ; la nouvelle version annoncée en compte 293 et intègre des développements ultérieurs de la vie de l’ancien boxeur.
Le mercredi 30 septembre 2026, de 16 h 30 à 18 h 30, Mouhamed Ali Ndiaye doit la présenter à la Biblioteca Statale Antonio Baldini, Via di Villa Sacchetti 5, à Rome. À ses côtés est notamment annoncée la présence de Ngor Ndiaye, ambassadeur de la République du Sénégal en Italie, tandis que Steve Emejuru accompagnera la rencontre.
Ce rendez-vous romain pourrait ainsi raconter beaucoup plus que la nouvelle vie d’un livre.
Il raconte peut-être le passage d’un homme d’un ring à un autre.
Celui de la relation entre ses deux pays.
De Pikine aux titres : avant le symbole, il y eut le boxeur
Pour comprendre ce que représente Mouhamed Ali Ndiaye aujourd’hui, il faut revenir à Pikine.
Né au Sénégal en 1979 dans une famille où la boxe occupait déjà une place importante, il porte un prénom qui n’est pas anodin. Son père, lui-même pugiliste, l’a appelé Mouhamed Ali en hommage au légendaire Muhammad Ali.
L’histoire prendra une dimension presque romanesque : le jeune Sénégalais rencontrera le champion américain lors de ses passages à Dakar. Plusieurs récits consacrés à Ndiaye évoquent même deux rencontres, en 1980 puis en 1989.
Mais son propre palmarès finira par donner au prénom une signification qui ne sera plus seulement héritée.
Il devient champion du Sénégal trois années consécutives, en 1997, 1998 et 1999.
Puis vient l’Europe.
La France d’abord. L’Italie ensuite.
Son arrivée en Italie, en 2000, est très éloignée du récit confortable d’une carrière sportive programmée. Il connaît l’irrégularité administrative, le travail de vendeur ambulant et la précarité. Pontedera deviendra progressivement sa ville d’adoption et l’endroit où sa carrière pourra renaître.
En 2004, il devient champion d’Italie amateur. Sa carrière professionnelle le conduit ensuite vers plusieurs ceintures : IBF Youth, IBF Mediterranean, IBF International, puis le titre italien des super-moyens.
Le 11 novembre 2011, il franchit une nouvelle étape en battant Andrea Di Luisa et en remportant le titre de l’Union européenne des super-moyens. Il le défendra avec succès en 2012 face à José Maria Guerrero. Il disputera ensuite à deux reprises le titre européen EBU face au Français Christopher Rebrassé.
Cette nuance est importante : certaines présentations le qualifient simplement de « champion d’Europe ». Le palmarès professionnel permet d’être plus précis : Ndiaye a été champion de l’Union européenne et challenger au titre européen EBU.
C’est déjà considérable.
Et la ville de Pontedera elle-même avait inscrit à l’ordre du jour de son conseil municipal un « riconoscimento a Mouhamed Ali Ndiaye per la conquista del titolo di campione dell’Unione Europea ».
Quand le Sénégal reconnaît son champion
Ses victoires ne sont pas passées inaperçues à Dakar.
Après l’un de ses succès, le président Abdoulaye Wade lui adresse publiquement ses félicitations. Un portrait consacré à Ndiaye rapporte les paroles du chef de l’État sénégalais, qui voyait dans sa réussite un symbole de courage pour la jeunesse et pour le Sénégal.
Une autre source de presse de 2011 rapporte qu’il avait été reçu au Palais de la République par Abdoulaye Wade après ses succès sportifs.
Plus tard, Ndiaye rencontrera encore l’ancien président Wade à Versailles, cette fois dans le contexte de son engagement en faveur des personnes handicapées.
La relation de Ndiaye avec son pays d’origine ne s’arrête donc pas au drapeau sénégalais porté autour des épaules après un combat.
Elle se transforme progressivement en engagement.
Après les gants, les ambulances
C’est probablement ici que l’histoire de Mouhamed Ali Ndiaye devient plus intéressante encore.
Car l’ancien boxeur aurait pu vivre de son palmarès.
Il choisit de mettre une partie de son capital relationnel au service d’actions concrètes.
En 2012, il est nommé par le Sénégal ambassadeur de bonne volonté pour les personnes handicapées, reconnaissance liée notamment à son engagement en faveur des personnes handicapées de Pikine. L’Institut culturel italien de Dakar, organisme du ministère italien des Affaires étrangères, documente officiellement cette nomination et ses initiatives.
Le sportif devient alors passeur de solidarité entre les deux rives.
Des moyens destinés aux personnes handicapées sont acheminés vers Pikine. Une ambulance est destinée à Ndiob. Des véhicules de secours et des ambulances sont mobilisés en Italie pour le Sénégal et notamment pour Touba.
Et cette activité ne relève pas seulement d’un passé lointain.
En avril 2025, la Pubblica Assistenza de Pontedera a encore remis une ambulance destinée à Touba dans le cadre d’une initiative portée par Ndiaye.
Plus significatif encore : en juin 2025, une délibération officielle de l’autorité sanitaire USL Toscana Centro mentionne une cession gratuite de matériel sanitaire à Mouhamed Ali Ndiaye, agissant pour le compte de deux associations sénégalaises.
Voilà sans doute la partie de son parcours qui mérite aujourd’hui davantage d’attention.
Ce ne sont plus des uppercuts.
Ce sont des réseaux.
Ce ne sont plus des ceintures.
Ce sont des ambulances, des véhicules, du matériel médical et des passerelles entre collectivités et organisations.
« Mi chiamo Mouhamed Alì » : le livre qui voyage avec son personnage
Le livre lui-même possède désormais sa propre géographie.
Après sa publication chez Piemme en mai 2019, une présentation est organisée à Rome dès juin de la même année, en présence de Rita Coruzzi et Mouhamed Ali Ndiaye.
Quelques jours plus tard, Pontedera accueille à son tour une présentation à la bibliothèque municipale Giovanni Gronchi, avec le maire Matteo Franconi, des responsables de la communauté sénégalaise et plusieurs organisations locales.
En janvier 2020, le livre entre dans un lieu institutionnel particulièrement symbolique : Palazzo Strozzi Sacrati à Florence, siège de la présidence de la Région Toscane. Le président de région Enrico Rossi participe à la rencontre aux côtés d’élus et de représentants du monde pugilistique.
Puis vient Dakar.
Le 24 septembre 2021, l’Institut italien de Culture de Dakar organise officiellement une présentation de Mi chiamo Mouhamed Alì. L’événement est remarquable : un Sénégalais devenu champion en Italie revient raconter au Sénégal une histoire devenue, en quelque sorte, italo-sénégalaise.
La même année, le ministère italien de la Culture répertorie également une présentation organisée à Gênes.
Empoli suivra en 2023, avec des représentants des collectivités et de la communauté sénégalaise.
À Grosseto, le récit entre dans l’école et devient matière de dialogue avec les élèves.
À Cremona, en mars 2025, il est présenté dans le cadre de la Semaine d’action contre le racisme, dans une initiative liée au réseau antidiscriminations et à UNAR.
Ainsi, progressivement, Mi chiamo Mouhamed Alì a cessé d’être uniquement un livre consacré à la boxe.
Il est devenu un support de discussion sur l’immigration, l’intégration, la discrimination, la citoyenneté, le handicap, l’éducation, la jeunesse et la capacité à reconstruire une vie entre deux pays.
2026 : ce n’est donc pas exactement le même livre
C’est ce qui rend la nouvelle édition intéressante.
Sept ans séparent la première publication Piemme de cette nouvelle version publiée par Another Coffee Stories.
La presse spécialisée en boxe confirme, au 1er septembre 2026, que cette nouvelle édition comporte des mises à jour de l’histoire de Ndiaye. Africa, dans son édition du 9 août 2026, signale également le retour du livre « dans une nouvelle forme éditoriale », désormais annoncé à 293 pages.
Autrement dit, le titre reste :
« Mi chiamo Mouhamed Alì ».
Mais l’homme qui prononce aujourd’hui cette phrase n’est plus exactement celui de 2019.
Le premier livre racontait surtout comment un enfant de Pikine avait traversé les frontières, la précarité et les épreuves pour devenir champion.
La nouvelle édition peut désormais raconter ce qui arrive après la victoire.
Et cette question est peut-être plus intéressante encore :
que fait un champion du prestige qu’il a acquis ?
Ngor Ndiaye à Rome : une présence qui compte
C’est dans cette perspective que la présence annoncée de l’ambassadeur du Sénégal en Italie, Ngor Ndiaye, mérite une lecture particulière.
Un ambassadeur ne représente pas seulement une administration. Lorsqu’il participe à un événement consacré au parcours d’un Sénégalais de la diaspora, sa présence peut également signifier que les trajectoires individuelles réussies font partie du patrimoine immatériel d’un pays.
Mouhamed Ali Ndiaye présente précisément un profil singulier.
Il connaît le Sénégal de l’intérieur parce qu’il y est né et y a grandi.
Il connaît l’immigration parce qu’il l’a vécue.
Il connaît l’Italie populaire parce qu’il y a travaillé, fondé une famille et construit sa carrière.
Il connaît les institutions sportives.
Il connaît le monde associatif.
Il travaille dans l’univers de la Croix-Rouge et a collaboré avec les sapeurs-pompiers.
Et surtout, il a déjà démontré qu’un réseau italien pouvait être transformé en coopération concrète au bénéfice du Sénégal.
C’est précisément là que pourrait commencer un nouveau rôle.
De champion italo-sénégalais à acteur de coopération ?
Le Sénégal et l’Italie parlent aujourd’hui beaucoup de coopération économique, de migration, de formation professionnelle, d’investissement et, plus largement, du développement de nouvelles relations entre l’Europe et l’Afrique.
Mais la coopération ne se construit pas exclusivement dans les ministères.
Elle a besoin d’hommes et de femmes capables de comprendre les codes des deux sociétés.
Dans cette perspective, le parcours de Mouhamed Ali Ndiaye pourrait être mobilisé dans au moins quatre domaines : sport et formation de la jeunesse ; coopération sanitaire et protection civile ; inclusion des personnes handicapées ; dialogue avec la diaspora et intégration en Italie.
Son expérience pourrait également servir à créer des partenariats entre clubs sportifs, municipalités, services de secours, associations et structures de formation italiennes et sénégalaises.
Il faut cependant éviter un piège : transformer un ancien champion en ambassadeur symbolique chargé uniquement de prononcer des discours.
Son parcours montre exactement le contraire.
Lorsque la relation Italie-Sénégal produit une ambulance, un véhicule de secours, du matériel médical, une action dans une école ou un projet pour les personnes handicapées, elle devient mesurable.
Et donc utile.
Le troisième combat de Mouhamed Ali
On pourrait finalement raconter la vie de Mouhamed Ali Ndiaye en trois combats.
Le premier fut celui du ring : partir de Pikine et devenir champion.
Le deuxième fut celui de l’intégration : passer du migrant sans papiers et vendeur ambulant au citoyen italien, père de famille et personnalité reconnue de Pontedera.
Le troisième commence peut-être maintenant.
C’est celui de la transmission.
Transmettre aux jeunes l’idée que l’origine sociale n’est pas une condamnation.
Transmettre à l’Italie une autre image de l’immigration africaine.
Transmettre au Sénégal les compétences, les réseaux et les possibilités acquises par sa diaspora.
Et transformer une réussite individuelle en capital collectif.
C’est probablement pour cela que la rencontre de Rome du 30 septembre mérite d’être regardée autrement qu’une simple séance de dédicaces.
Car lorsque Mouhamed Ali Ndiaye dira une nouvelle fois :
« Mi chiamo Mouhamed Alì »,
il ne présentera plus seulement l’histoire du garçon qui voulait devenir champion.
Il présentera aussi celle d’un homme qui, après avoir appris à franchir les frontières, pourrait désormais contribuer à les rendre moins épaisses entre le Sénégal et l’Italie.
Et la présence à ses côtés de l’ambassadeur du Sénégal donnerait alors tout son sens à cette nouvelle page.
30 septembre 2026
Nouvelle édition : Mi chiamo Mouhamed Alì
Auteurs : Mouhamed Ali Ndiaye et Rita Coruzzi
Éditeur : Another Coffee Stories
Lieu : Biblioteca Statale Antonio Baldini, Via di Villa Sacchetti 5, 00197 Rome
Horaire annoncé : 16 h 30 – 18 h 30
Participation annoncée : Mouhamed Ali Ndiaye ; S.E. Ngor Ndiaye, ambassadeur du Sénégal en Italie ; Steve Emejuru.
Première édition : Piemme, 2019, 224 pages.
Nouvelle édition 2026 : Another Coffee Stories, 293 pages, avec actualisation du récit.

