À Médina Baye, son nom demeure intimement lié à la transmission, au savoir et à l’ouverture. Cheikh Hassan Ali Cissé, plus connu sous le nom d’Imam Assane Cissé, fut l’une des grandes figures de la Fayda Tijaniyya. Né à Kaolack le 4 décembre 1945 et rappelé à Dieu le 14 août 2008, il a consacré sa vie à l’enseignement islamique, à la diffusion de la pensée de Cheikh Ibrahima Niasse et au service des communautés.
Petit-fils de Cheikh Ibrahima Niasse, dit Baye Niasse, par sa mère Fatimata Zahra Niasse, et fils de Seydi Aliou Cissé, premier khalife de Baye Niasse, Imam Assane Cissé a grandi dans un environnement profondément marqué par le savoir religieux. Très tôt, il s’oriente vers l’apprentissage du Coran et poursuit ensuite une formation universitaire en études islamiques, notamment à l’université Ain Shams du Caire.
Mais son parcours ne s’est jamais limité aux livres et aux cercles d’enseignement. En 1982, il devient imam de la Grande Mosquée de Médina Baye, fonction qu’il exercera pendant plus de deux décennies. Sa voix devient alors familière aux fidèles de la cité religieuse, mais aussi à de nombreux disciples de la Fayda à travers le monde.
De Médina Baye aux États-Unis
L’une des dimensions les plus remarquables de son parcours demeure son rôle dans l’internationalisation de la Fayda Tijaniyya.
Dès 1976, Imam Assane Cissé se rend aux États-Unis. Il y développe des liens avec des communautés musulmanes, notamment afro-américaines, et contribue à faire connaître l’enseignement de Baye Niasse au-delà du continent africain. Des recherches universitaires ont depuis documenté cette circulation des disciples, des savoirs et des liens religieux entre Médina Baye et les États-Unis.
Cette ouverture prend une nouvelle dimension en 1988 avec la création de l’African American Islamic Institute (AAII). À travers cette organisation, Imam Assane Cissé développe des initiatives dans les domaines de l’éducation, de la formation et de l’action humanitaire.
Médina Baye devient ainsi un lieu d’accueil pour des étudiants venus du Sénégal, des États-Unis et d’autres régions du monde. La transmission du savoir religieux s’accompagne d’une volonté de répondre à des besoins très concrets des populations.
Le religieux au service de l’humain
Chez Imam Assane Cissé, l’enseignement religieux ne semblait pas devoir rester enfermé dans les mosquées et les écoles. Il s’accompagnait d’un engagement dans les domaines de la santé, de l’éducation et du développement. L’AAII a notamment soutenu des initiatives sanitaires à Médina Baye, dont la clinique Shifa Al-Asqam. Quelques mois avant sa disparition, Imam Assane Cissé est également nommé ambassadeur de bonne volonté par le ministère sénégalais de la Santé pour promouvoir la santé de la mère et de l’enfant.
Son engagement dans la lutte contre la poliomyélite est également reconnu à l’international. En 2007, il reçoit le Rotary International Polio Eradication Champion Award pour son implication dans cette campagne. Cette trajectoire révèle une conception large de la responsabilité religieuse : transmettre le savoir, accompagner les fidèles, mais aussi contribuer à améliorer concrètement les conditions de vie des populations.
Une figure de transmission
Imam Assane Cissé fut également présent dans plusieurs espaces internationaux consacrés à l’islam et au développement. Ses responsabilités dans différentes organisations islamiques africaines et ses relations avec des communautés musulmanes de plusieurs continents ont contribué à donner à son action une dimension internationale.
Mais au-delà des titres et des fonctions, son héritage se mesure surtout à la capacité qu’il a eue de créer des passerelles entre les générations et les continents.
Il appartenait à cette génération de religieux pour lesquels la fidélité à une tradition ne signifiait pas le repli. À travers son parcours, Médina Baye devenait à la fois un foyer de spiritualité, un espace d’apprentissage et un point de rencontre entre l’Afrique et le reste du monde.
Le 14 août 2008, sa disparition plonge Médina Baye dans le deuil. Mais son œuvre ne s’arrête pas avec lui. Les écoles, les initiatives humanitaires, les réseaux de disciples et les liens établis au fil des décennies continuent de porter une partie de son héritage.
Dix-huit ans après sa disparition, Imam Assane Cissé reste ainsi associé à une page importante de l’histoire contemporaine de Médina Baye : celle d’un homme qui a fait du savoir un instrument de transmission, de la spiritualité un engagement au service de l’humain et de la Fayda un message appelé à voyager bien au-delà des frontières du Sénégal.
Papa Abdoulaye Sy

