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Ciel fermé entre Alger et Abou Dhabi : Quand la souveraineté aérienne devient l’ultime levier diplomatique

Le couperet est tombé avec la précision ferme que permettent les traités internationaux. En ce début de mois de février 2026, l’Algérie a officiellement acté le divorce aéronautique avec les Émirats arabes unis, transformant un différend diplomatique latent en une rupture technico-juridique majeure. Ce n’est pas qu’une simple suspension de vols ; c’est la dénonciation formelle de la Convention relative aux services aériens, un texte qui structurait les échanges entre les deux nations depuis sa signature le 13 mai 2013 et sa ratification par décret présidentiel à Alger en décembre 2014.

En invoquant l’article 22 de cet accord, la diplomatie algérienne actionne une clause de résiliation unilatérale qui ne laisse que peu de place à l’ambiguïté.

La notification, adressée avec une rigueur protocolaire tant à la partie émiratie qu’au Secrétariat général de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) à Montréal, marque la fin d’une ère de coopération. Pour les experts du secteur, ce mouvement rappelle que les « libertés de l’air » ne sont jamais acquises, mais demeurent tributaires de la météo politique.

Au cœur du tarmac, les implications opérationnelles s’annoncent lourdes. Les pavillons nationaux, Emirates et Etihad d’un côté, Air Algérie de l’autre, se retrouvent privés de leur socle juridique pour exploiter leurs fréquences habituelles.

Au-delà des liaisons point-à-point, c’est toute la stratégie de connectivité des hubs émiratis vers le Maghreb qui se voit amputée d’un pivot stratégique. Le trafic de cinquième liberté, les accords de partage de codes (code-sharing) et la gestion des créneaux aéroportuaires (slots) entrent dans une zone de turbulences inédite. Cette décision, bien que drapée dans un formalisme administratif, est le prolongement naturel des tensions géopolitiques qui cristallisent les rapports entre Alger et Abou Dhabi sur les dossiers régionaux sensibles.

En frappant le ciel, Alger réaffirme une souveraineté intransigeante, utilisant l’espace aérien comme une extension de son territoire politique. Pour les opérateurs de fret et les voyageurs d’affaires, le centre de gravité devra désormais se déplacer vers d’autres hubs régionaux, redessinant par la force des choses la carte des flux aériens en Afrique du Nord.

Alors que les notifications officielles circulent désormais dans les couloirs de l’OACI, le monde du transport aérien observe avec une attention soutenue ce précédent.

Une rupture de cette magnitude entre deux acteurs clés de l’aviation arabe n’est pas qu’un fait divers de l’actualité ; c’est une leçon de realpolitik appliquée au droit aérien international, où le pragmatisme économique finit par céder devant l’impératif de la dignité nationale.

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