L’administration sénégalaise opère une transformation radicale de son cœur névralgique: la Primature. Les récentes réformes organisationnelles, matérialisées par de nouveaux décrets, ne se contentent pas de réaménager des bureaux ; elles créent un véritable « centre de commandes » doté d’outils de pilotage et de contrôle inédits. Le but est clair : faire du Premier Ministre le chef d’orchestre réel de l’action gouvernementale, loin du rôle de simple coordinateur symbolique qu’il pouvait parfois endosser.
Une primature éclatée
Auparavant, la Primature semble souffrir d’un manque de clarté structurelle, avec des services parfois redondants et un contrôle interne faible. Le Premier Ministre, bien que politiquement influent, peinait à imprimer sa marque sur l’ensemble de l’appareil d’État, les dossiers s’accumulant sans un mécanisme de suivi-évaluation efficace, les décisions issues des conseils des ministres n’étaient pas respectées à la lettre.
Aujourd’hui, l’organisation est recentralisée autour de pôles clairs. Le Premier Ministre est désormais équipé d’une structure qui lui permet de superviser, d’auditer et d’accélérer les chantiers. L’arrivée de nouveaux postes clés symbolise cette volonté de renforcement :
- Directeur de Cabinet Adjoint : Un ajout stratégique pour augmenter la capacité de pilotage et garantir une gestion plus rapide et fluide des dossiers urgents.
- Secrétaire d’État rattaché au PM : Cette fonction clarifie enfin le rôle de Porte-parole du Gouvernement et centralise les relations avec les institutions (Assemblée nationale, Conseil constitutionnel, etc.), évitant l’éclatement de la communication et le flou institutionnel.
Les trois « Superstructures » : Les nouveaux moteurs de la Primature
La véritable révolution réside dans la création de trois organes internes qui confèrent au Premier Ministre une autorité et une méthode de travail sans précédent.L’Inspection des services qui est une nouveauté majeure est l’arme fatale contre la mauvaise gestion et les zones d’ombre. C’est l’équivalent d’une mini cour des comptes interne à la Primature. Ses attributions sont larges et puissantes et ses objectifs permettent de mettre fin aux dysfonctionnements internes et d’instaurer une culture de la transparence et de la redevabilité au sommet de l’exécutif.
- vérification administrative et financière
- Audit et enquêtes sur les fonctionnements
- Supervision rigoureuse des passations de service (un point crucial pour la continuité de l’État)
- Suivi de l’application des directives et contrôle interne.
La cellule d’orientation et de suivi des réformes est dédié à la mise en œuvre de la vision présidentielle. Elle garantit que les réformes ne restent pas au stade du discours politique. Avec la cellule de préparation du Conseil des Ministres, la professionnalisation de la machine gouvernementale passe par la qualité des textes soumis au Conseil avec un objectif précis ; celui de garantir que le Conseil des Ministres, lieu suprême de décision, travaille sur des bases saines et que ses décisions sont rapidement traduites en actes administratifs
- préparation exclusive des dossiers du Conseil des ministres.
- vérification minutieuse des textes (décrets, projets de loi) pour éviter les incohérences juridiques.
- harmonisation des communications ministérielles.
- suivi post-Conseil des décisions prises..
Le Secrétariat Général du Gouvernement (SGG) : Le Moteur Juridique
Le Secrétariat Général du Gouvernement (SGG) voit son rôle considérablement renforcé, faisant de lui le moteur juridique et administratif du Gouvernement, sous l’autorité du Premier Ministre.
Le SGG est le garant de la légalité et de la cohérence de l’action de l’État :
- Il gère l’agenda législatif annuel, planifiant le travail entre l’Exécutif et le Parlement.
- Il exerce le contrôle juridique de tous les décrets et arrêtés avant leur publication, assurant leur conformité à la loi et à la Constitution.
- Il est le point de contact essentiel avec l’Assemblée nationale, le Conseil constitutionnel, et la Cour suprême.
- Il est chargé de la préparation technique des lois, ordonnances et des arbitrages juridiques complexes entre ministères.
Ce renforcement confère au SGG une position centrale dans la chaîne normative, permettant au Premier Ministre de s’assurer que toutes les décisions sont juridiquement inattaquables avant d’être mises en œuvre.
Cette nouvelle architecture confère à la Primature un rôle de régulateur, d’auditeur et d’accélérateur. Le Premier Ministre ne coordonne plus seulement, il pilote, contrôle et réforme. L’impact attendu sur la marche des activités est une efficacité accrue, une transparence renforcée et, surtout, une meilleure exécution des politiques publiques au bénéfice des citoyens sénégalais.











