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UN PANAFRICANISTE À LA TÊTE DE NEW YORK

Derrière l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York se cache une histoire profondément ancrée dans les luttes anticoloniales africaines. C’est ce que révèle Abdoulaye Bathily, envoyé spécial du président Bassirou Diomaye Faye pour les affaires internationales, dans un entretien accordé à RFI ce 10 novembre.

Le nouveau maire démocrate de New York, connu pour ses positions anti-Trump et son soutien à la Palestine, est né il y a 34 ans à Kampala, en Ouganda. Une double nationalité américano-ougandaise qui n’est pas un hasard, mais le reflet d’un engagement politique transmis de génération en génération.

L’histoire commence en 1979 à Dar es Salam, capitale tanzanienne devenue refuge pour les opposants à la dictature ougandaise. « J’ai rencontré Mahmood Mamdani à Dar es Salam en 1979. Il était professeur au département de sciences politiques de l’Université de Dar es Salam », raconte Abdoulaye Bathily, qui connaît la famille Mamdani depuis plus de quarante ans.

À cette époque, le père du nouveau maire new-yorkais fuyait la répression de Idi Amin Dada, dictateur ougandais qui avait chassé les populations asiatiques du pays avec un discours xénophobe. « Toute l’élite ougandaise s’est retrouvée à Dar es Salam », précise le diplomate sénégalais, évoquant la présence de futurs leaders africains comme Yoweri Museveni, actuellement président de l’Ouganda, ou encore Paul Kagame, aujourd’hui à la tête du Rwanda.

Ces intellectuels et militants se retrouvaient régulièrement « dans des espaces publics après les cours, après les conférences, pour discuter de l’avenir du continent, de la lutte contre l’apartheid, de la lutte contre le colonialisme », explique Abdoulaye Bathily.

Le choix du deuxième prénom de Zohran Mamdani en dit long sur l’héritage politique de sa famille. Né en 1991 à Kampala après le retour de ses parents en Ouganda, l’enfant reçoit le prénom de Kwame, en référence directe à Kwame Nkrumah, père de l’indépendance du Ghana et figure emblématique du panafricanisme.

« Mahmood Mamdani est un militant de la lutte pour l’indépendance de l’Afrique, ce qu’on appelle aujourd’hui un panafricaniste », souligne le diplomate sénégalais. Ce dernier se souvient d’une visite de la famille à Dakar en 2007, où le jeune Zohran, alors adolescent, accompagnait ses parents sur l’île de Gorée, haut lieu de mémoire de la traite négrière.

L’engagement intellectuel du jeune homme s’inscrit dans cette lignée. Selon Abdoulaye Bathily, Zohran Mamdani a consacré sa thèse à deux figures majeures de la pensée révolutionnaire : Frantz Fanon, psychiatre et essayiste martiniquais théoricien de l’anticolonialisme, et Jean-Jacques Rousseau.

L’influence maternelle n’est pas en reste. Mira Naïr, réalisatrice indienne reconnue internationalement, était déjà célèbre à la naissance de Zohran grâce à son film « Salaam Bombay! », primé dans de nombreux festivals. « Elle a des convictions politiques affirmées », confirme Abdoulaye Bathily, qui l’a rencontrée à plusieurs reprises.

Le couple formé par Mahmood Mamdani et Mira Naïr incarne un engagement qui dépasse les frontières continentales. Ils sont « vraiment engagés à la fois pour les causes de l’Afrique, pour les causes de l’Asie, pour les causes de la Palestine et du monde progressiste en général », précise l’ancien ministre sénégalais.

En 2018, lorsque Zohran Mamdani obtient la nationalité américaine, il choisit de conserver également sa nationalité ougandaise. Un choix significatif pour Abdoulaye Bathily : « Mahmood Mamdani, son père, est profondément attaché à l’Ouganda et à l’Afrique. Donc, cet attachement à l’Afrique, ce n’est pas quelque chose d’artificiel chez eux. »

La foi musulmane du couple constitue également une dimension importante de leur identité. « C’est un couple de militants qui a donné naissance à un militant engagé pour les causes justes », résume le diplomate sénégalais.

Cette trajectoire familiale explique en grande partie l’engagement actuel de Zohran Mamdani en faveur du peuple palestinien. Un soutien qui fait écho à celui de son père dans les années 1970, lorsque les intellectuels africains progressistes liaient la lutte contre l’apartheid sud-africain au soutien à la cause palestinienne.

Aujourd’hui professeur émérite à l’Université Columbia de New York, Mahmood Mamdani continue de parcourir le continent africain et maintient des contacts avec ses compagnons de lutte d’il y a cinquante ans, témoignant de la permanence d’un engagement internationaliste qui transcende les générations.

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